Exposé complet — objectif 10 minutes
Les valeurs chiffrées ci-dessous sont fictives et servent uniquement à une démonstration mathématique. Elles ne constituent jamais un délai conseillé pour conduire.
0:00 – 0:55Introduction — la question que tout le monde croit pouvoir calculer
Après une soirée, on entend parfois : « J’ai attendu deux heures, donc je peux conduire. » Pourtant, cette conclusion n’a aucune valeur générale. Deux personnes ayant bu la même quantité peuvent avoir des alcoolémies très différentes, et l’alcoolémie peut encore augmenter après le dernier verre.
Je vais étudier la question : « Combien de temps faut-il attendre pour reprendre le volant après avoir bu de l’alcool ? » Les mathématiques peuvent aider à comprendre l’évolution d’une concentration et à trouver des seuils, mais elles ne permettent pas de garantir qu’une personne est apte à conduire. Mon exposé va justement montrer pourquoi.
0:55 – 2:001. Définir une grandeur et distinguer deux phases
On appelle alcoolémie la concentration d’alcool dans le sang, généralement exprimée en grammes par litre. Je la note \(C(t)\). Après consommation, le taux ne décroît pas immédiatement : il existe d’abord une phase d’absorption, au cours de laquelle il peut continuer à monter. Puis vient une phase de diminution progressive.
Pour l’exercice, je choisis de prendre \(t=0\) au moment du pic d’alcoolémie, et non au dernier verre. C’est un choix essentiel : sans connaître ce décalage, on ne peut pas transformer un calcul « depuis le pic » en durée d’attente « depuis le dernier verre ».
La Sécurité routière donne comme ordre de grandeur une diminution de l’ordre de 0,10 à 0,15 gramme par litre et par heure. Il ne s’agit pas d’une vitesse garantie pour chaque individu.
2:00 – 3:052. Un modèle affine simple à étudier en Terminale
Supposons, uniquement pour construire un exemple mathématique, que le pic soit de \(0{,}9\) g/L et que la diminution se fasse au rythme constant de \(0{,}12\) g/L par heure. Tant que la concentration reste positive, on écrit :
\[\boxed{C(t)=0{,}9-0{,}12t}.\]
La fonction est affine et sa dérivée est constante :
\[\boxed{C'(t)=-0{,}12}.\]
Le signe négatif signifie que la concentration modélisée diminue. Pour éviter une concentration négative, on peut écrire pour tout \(t\ge0\) :
\[\boxed{C(t)=\max(0\,;\,0{,}9-0{,}12t)}.\]
Ce modèle est utile pour apprendre à calculer et à interpréter une pente. Ce n’est ni un test d’alcoolémie ni une formule de décision pour un conducteur.
3:05 – 4:153. Chercher quand une courbe franchit un seuil
En France, pour un conducteur titulaire d’un permis classique, la limite légale est strictement inférieure à \(0{,}5\) g/L. Le modèle permet de calculer l’instant où la courbe fictive atteint cette valeur en résolvant :
\[0{,}9-0{,}12t=0{,}5.\]
On trouve :
\[0{,}12t=0{,}4,\qquad t=\frac{0{,}4}{0{,}12}=\frac{10}{3}.\]
Autrement dit, le franchissement mathématique se produit 3 h 20 après le pic dans ce modèle précisément choisi. Au moment de l’égalité, le seuil légal est encore atteint : ce n’est pas un feu vert pour conduire.
Le rôle des mathématiques est ici de résoudre une équation et de définir ce que mesure vraiment la réponse.
4:15 – 5:154. Pourquoi la réglementation change-t-elle l’équation ?
Pour un permis probatoire, la limite est plus basse : il faut rester strictement sous \(0{,}2\) g/L. Dans le même exercice fictif, on résout :
\[0{,}9-0{,}12t=0{,}2\]
\[t=\frac{0{,}7}{0{,}12}=\frac{35}{6}\approx5{,}83\text{ h}.\]
Cela correspond à 5 h 50 après le pic pour la courbe choisie. La différence entre les deux résultats ne vient pas d’un changement de métabolisme : elle vient uniquement d’un seuil mathématique différent. Elle ne renseigne toujours pas sur la capacité effective à conduire.
5:15 – 6:405. Une seule inconnue change fortement le résultat
J’ai choisi une diminution de \(0{,}12\) g/L par heure. Pourtant, les ordres de grandeur publics mentionnent plutôt une plage autour de \(0{,}10\) à \(0{,}15\) g/L par heure, avec des variations selon les personnes.
En gardant le même pic hypothétique de \(0{,}9\) g/L, mais en notant \(r\) le rythme de diminution, le temps mathématique correspondant au seuil de \(0{,}5\) g/L est :
\[\boxed{T(r)=\frac{0{,}9-0{,}5}{r}=\frac{0{,}4}{r}}.\]
Avec \(r=0{,}15\), on obtient \(T\approx2\) h 40 ; avec \(r=0{,}10\), on obtient \(T=4\) h. La seule incertitude sur la pente produit donc 1 h 20 d’écart entre deux résultats du modèle.
En plus, le pic lui-même est inconnu, et l'absorption continue parfois après le dernier verre. On comprend pourquoi un calcul isolé ne peut jamais donner une heure fiable à une personne réelle.
6:40 – 7:406. Exploiter les variations et la dérivation
La formule générale est \(T(r)=(C_0-L)/r\), à condition que le pic \(C_0\) soit supérieur au seuil \(L\) et que \(r>0\). Pour un pic et un seuil fixés, une diminution plus lente, donc un \(r\) plus petit, donne un temps plus long.
On le démontre avec la dérivée :
\[T'(r)=-\frac{C_0-L}{r^2}<0.\]
La fonction \(T\) est strictement décroissante par rapport à \(r\). Ce passage mobilise une notion classique de Terminale : étudier comment le résultat d’un calcul dépend d’un paramètre. Il montre qu’une estimation unique cache toute une famille de résultats possibles.
7:40 – 8:457. Peut-on intégrer une vitesse d’élimination variable ?
Le modèle affine suppose une vitesse de diminution constante. On peut imaginer un modèle plus général où cette vitesse dépend du temps : je la note \(r(t)\), supposée positive dans la phase de diminution. On écrit alors :
\[\boxed{C'(t)=-r(t)}.\]
En intégrant entre 0 et \(T\) :
\[\boxed{C(T)=C(0)-\int_0^T r(u)\,du}.\]
Cette formule est une application directe du lien entre dérivée et intégrale. Elle montre que la baisse totale d’alcoolémie correspond à l’accumulation de petites diminutions successives. Lorsque \(r(t)=r\) est constant, l’intégrale vaut \(rT\) et on retrouve le modèle affine initial.
C’est une généralisation mathématique, mais elle ne résout pas le problème pratique : il faudrait connaître réellement la fonction \(r(t)\) de l’individu.
8:45 – 9:308. Les limites du modèle sont la vraie conclusion scientifique
À consommation identique, l’alcoolémie dépend du poids, du sexe, de l’état de santé, de l’alimentation, de la durée d’absorption et d’autres facteurs. Ni un nombre de verres ni une durée standard ne permettent de calculer personnellement une alcoolémie fiable.
De plus, les capacités nécessaires pour conduire — vigilance, coordination, jugement, temps de réaction — peuvent être altérées même à faible alcoolémie. Un café, une douche ou du sport ne font pas disparaître rapidement l’alcool présent dans l’organisme.
La recommandation pratique est donc simple : si l’on a bu, on ne conduit pas. On prévoit un conducteur sobre, un autre transport ou une solution pour rester sur place.
9:30 – 10:00Conclusion — ce que les mathématiques montrent, et ce qu’elles ne montrent pas
Les fonctions, les dérivées et les intégrales permettent de représenter une diminution d’alcoolémie, de résoudre une équation de seuil et d’étudier l’effet d’une incertitude.
Mais le calcul dépend d’hypothèses que nous ne pouvons pas vérifier à partir du seul temps écoulé : valeur du pic, moment du pic, rythme de diminution et état réel du conducteur.
La réponse à la problématique n’est donc pas un nombre d’heures universel. Le résultat le plus important est de savoir distinguer un modèle mathématique utile pour comprendre d’une décision de sécurité que ce modèle ne peut pas autoriser.
Calibration : environ 1081 mots prononçables hors formules. Les raisonnements reposent sur les outils de Terminale ; les ordres de grandeur et la réglementation sont sourcés.
15 questions probables du jury et réponses
1. Pourquoi l’alcoolémie peut-elle continuer à augmenter après le dernier verre ?
Parce que l’absorption de l’alcool n’est pas instantanée. Notre modèle commence au pic, lorsque la phase de diminution débute, et non au moment de la dernière consommation.
2. Quelle est l’unité de l’alcoolémie ?
Une concentration, exprimée ici en grammes d’alcool par litre de sang : \(\mathrm{g/L}\).
3. Pourquoi avoir choisi une fonction affine ?
Pour approcher, dans une phase de diminution, un rythme de baisse constant. L’équation \(C(t)=C_0-rt\) est un modèle simplifié, non une loi individuelle.
4. Quelle est la signification de la dérivée négative ?
\(C\prime(t)=-r<0\) signifie que la concentration modélisée diminue au cours du temps.
5. Pourquoi utiliser la fonction maximum ?
La formule \(C(t)=\max(0;C_0-rt)\) évite que le modèle prédise une concentration négative après un temps très long.
6. Quelle valeur de la dérivée a-t-on choisie ?
\(C\prime(t)=-0{,}12\) g/L par heure ; cela signifie une baisse théorique de 0,12 g/L pendant une heure dans l’exemple.
7. Comment obtenez-vous 3 h 20 dans le modèle ?
On résout \(0{,}9-0{,}12t=0{,}5\), donc \(t=0{,}4/0{,}12=10/3\) heures, soit 3 h 20 après le pic.
8. Peut-on conduire dès que le modèle atteint 0,5 g/L ?
Non. À 0,5 g/L la limite légale pour un permis classique est déjà atteinte, et surtout le modèle ne garantit pas l’alcoolémie réelle ni l’aptitude à conduire.
9. Quel seuil légal s’applique au permis probatoire ?
En France, il faut rester strictement sous \(0{,}2\) g/L de sang. Cette limite est différente de celle du permis classique.
10. Pourquoi une même personne ne peut-elle pas utiliser toujours le même temps ?
Parce que l’absorption, les quantités, le moment du pic, le métabolisme et d’autres paramètres varient selon la situation.
11. Quel est l’effet d’un rythme de diminution plus lent ?
Avec \(T(r)=(C_0-L)/r\), un \(r\) plus faible produit un \(T\) plus élevé : le modèle met davantage de temps à atteindre le seuil.
12. Pourquoi un modèle exponentiel n’est-il pas votre choix principal ?
Un modèle \(C\prime=-kC\) impose une diminution proportionnelle à la concentration. Nous avons choisi un modèle à pente constante pour représenter approximativement la phase de diminution usuelle sur une plage limitée.
13. Que représente l’intégrale de la vitesse de diminution ?
Dans \(C(T)=C(0)-\int_0^T r(u)\,du\), l’intégrale représente la diminution totale modélisée pendant la durée \(T\).
14. Pourquoi ne peut-on pas calculer son alcoolémie avec le nombre de verres ?
Parce que la concentration dépend aussi de la physiologie, des conditions de consommation et du temps d’absorption, qui ne sont pas déterminés par ce seul nombre.
15. Quelle est la réponse scientifique à la problématique ?
Il n’existe pas de délai universel sûr. On peut calculer des seuils dans un exercice mathématique, mais pas en déduire une heure réelle autorisant la conduite.