🎤 Maths & économie • Probabilités

Comment une assurance peut-elle prévoir l’imprévisible ?

Un assureur ne sait pas qui aura un accident. Pourtant, avec un grand nombre d’assurés, il peut estimer les dépenses collectives et mesurer un risque de dépassement.

≈ 10 minutesTerminale spécialitéSupport visuel15 questions du jury5 relances difficiles

La problématique et les notions mobilisées

Un assureur ne sait pas qui aura un accident. Pourtant, avec un grand nombre d’assurés, il peut estimer les dépenses collectives et mesurer un risque de dépassement.

Loi de BernoulliLoi binomialeEspéranceVarianceLoi des grands nombres

Tous les montants et probabilités de ce sujet sont fictifs. La probabilité de dépassement des primes ne doit pas être présentée comme un risque réel de faillite.

Exposé complet — environ 10 minutes

Ce texte constitue une trame orale rédigée, à comprendre et à s’approprier plutôt qu’à réciter mécaniquement. Les formules peuvent être montrées progressivement sur le support pendant la présentation.

00:00–01:05

Introduction — prévoir sans deviner

Personne ne peut prédire avec certitude si un conducteur aura un accident l’année prochaine. Pourtant, une assurance promet d’indemniser certains sinistres en échange d’une prime. Comment peut-elle s’engager alors qu’elle ignore l’avenir de chaque client ? La réponse repose sur un changement d’échelle : au lieu de chercher qui aura un accident, elle étudie combien d’accidents sont plausibles dans un groupe. Pour rendre le calcul transparent, je vais construire une compagnie totalement fictive. Elle assure mille personnes pendant un an ; chaque personne a 4 % de probabilité d’avoir un sinistre ; chaque sinistre coûte exactement mille euros. Ces nombres ne décrivent pas le marché réel. Ils constituent un laboratoire mathématique pour répondre à la question : comment prévoir une dépense collective à partir d’événements individuels imprévisibles ?

01:05–02:10

Définir une variable aléatoire pour chaque assuré

Pour un assuré, notons \(Y\) la variable aléatoire qui vaut 1 s’il y a un sinistre dans l’année, et 0 sinon. La probabilité d’un sinistre vaut \(p=0{,}04\). Il s’agit d’une loi de Bernoulli : seulement deux issues. Son espérance est \(E(Y)=0{,}04\). Si l’on multiplie par mille euros, l’indemnisation de cette personne a une espérance de 40 euros. Ce montant n’est pas ce que l’assureur paiera nécessairement à cet assuré : dans notre modèle, il paiera soit zéro, soit mille euros. Quarante euros est la moyenne théorique des dépenses pour un assuré sur un très grand nombre de situations semblables. Voilà une première leçon : une espérance peut être un nombre qui n’apparaît jamais comme résultat individuel.

02:10–03:15

Passer de mille hasards à une loi binomiale

Appelons \(X\) le nombre total de sinistres parmi les mille contrats. Si l’on suppose que les sinistres des assurés sont indépendants et que tous ont la même probabilité de 4 %, alors \(X\) suit une loi binomiale : \[X\sim\mathcal B(1000;0{,}04).\] Cette loi permet de calculer la probabilité d’un nombre précis de sinistres : \[P(X=k)=\binom{1000}{k}(0{,}04)^k(0{,}96)^{1000-k}.\] Le coefficient binomial compte les façons de choisir les \(k\) assurés concernés. Je n’ai pas besoin de calculer à la main toutes ces probabilités devant le jury ; l’essentiel est de comprendre pourquoi ce modèle correspond à un nombre de répétitions fixé, deux issues possibles et des épreuves supposées indépendantes.

03:15–04:20

L’espérance donne une première prévision

Pour une loi binomiale, nous connaissons directement l’espérance : \[E(X)=np=1000\times0{,}04=40.\] Le modèle annonce donc 40 sinistres en moyenne et une indemnisation moyenne de 40 000 euros pour la compagnie. C’est le premier résultat surprenant : aucun assureur ne sait quelles seront les quarante personnes touchées, et il n’est même pas certain qu’il y ait exactement quarante accidents ; pourtant, le total possède une moyenne mathématique simple. La compagnie pourrait décider de demander, par exemple, 55 euros par contrat. Elle encaisserait alors 55 000 euros pour mille contrats. Dans ce modèle réduit aux seules indemnisations, l’écart entre prime collectée et indemnisation moyenne est de 15 000 euros. Cela ne représente absolument pas un bénéfice net réel.

04:20–05:25

La variance mesure ce que l’espérance cache

Mais annoncer seulement 40 sinistres ne suffit pas. La réalité peut en produire 35, 46 ou davantage. Pour la loi binomiale, la variance vaut \[V(X)=np(1-p)=1000\times0{,}04\times0{,}96=38{,}4.\] L’écart-type est donc \(\sigma(X)=\sqrt{38{,}4}\approx6{,}20\). Cette quantité mesure l’ampleur typique des fluctuations autour de la moyenne. Sur mon graphique, la répartition des probabilités est centrée près de 40 sinistres, mais étalée sur de nombreuses valeurs possibles. Le nombre 40 est un centre, pas une promesse. Si un jury me demande pourquoi les compagnies gardent des réserves, cette dispersion fournit une première explication : il faut pouvoir payer même lorsque l’année est plus coûteuse que prévu.

05:25–06:30

Un seuil concret : les primes suffiront-elles ?

Avec 55 000 euros de primes et mille euros par sinistre, le montant des indemnisations dépasse les primes dès que le nombre de sinistres atteint 56. On s’intéresse donc à l’événement \(X\ge56\). La loi binomiale donne \[P(X\ge56)=1-P(X\le55)\approx0{,}00841,\] soit environ 0,84 % dans notre modèle. Ce calcul est accessible à la calculatrice ou avec notre outil de loi binomiale ; il n’est pas nécessaire de développer des dizaines de termes à la main. Il mesure uniquement le risque que les indemnisations de ce modèle simplifié dépassent les primes de l’année. Ce n’est pas la probabilité de faillite d’un assureur : nous n’avons pas introduit les frais, les réserves, les placements ni les autres garanties.

06:30–07:35

Pourquoi mille assurés valent mieux que dix ?

C’est ici que la mutualisation devient mathématique. Pour \(n\) assurés, la fréquence de sinistres est \(F_n=X_n/n\). Si \(X_n\) suit \(\mathcal B(n;p)\), alors \[E(F_n)=p,\qquad V(F_n)=\frac{p(1-p)}{n}.\] Quand \(n\) augmente, la variance de cette fréquence diminue : elle est divisée par dix lorsque le nombre d’assurés est multiplié par dix. L’écart-type diminue, lui, comme \(1/\sqrt n\). Avec \(p=0{,}04\), l’écart-type de la fréquence passe d’environ 1,96 point de pourcentage pour 100 assurés à 0,62 point pour 1 000. La fréquence relative devient donc plus stable avec un grand portefeuille, même si le nombre brut de sinistres augmente.

07:35–08:45

La loi des grands nombres et ses hypothèses

La loi des grands nombres résume cette stabilisation : lorsque des situations comparables et indépendantes se répètent beaucoup, la fréquence des sinistres se rapproche très probablement de leur probabilité commune. Cela ne veut pas dire qu’une année sera exactement conforme à la moyenne, ni qu’une mauvaise année devra obligatoirement être compensée par une bonne. Et surtout, les hypothèses ne doivent pas être oubliées. Une tempête peut provoquer des dégâts chez des milliers de clients simultanément : les sinistres deviennent dépendants. Les contrats ne portent pas tous sur les mêmes montants et les risques ne sont pas identiques. Les assureurs utilisent donc des modèles bien plus riches, des données, des réserves et souvent de la réassurance pour les sinistres exceptionnels.

08:45–10:05

Conclusion — dompter le hasard sans le supprimer

Nous pouvons maintenant répondre à la question. L’assureur n’a pas besoin de prédire chaque accident individuellement. Il modélise des risques, additionne des variables aléatoires, utilise leur espérance pour estimer les dépenses et leur variance pour mesurer les fluctuations. Dans notre exemple fictif, mille assurés produisent une moyenne de quarante sinistres ; la probabilité que plus de 55 sinistres surviennent est d’environ 0,84 %. La loi des grands nombres explique pourquoi un grand groupe permet des prévisions relatives plus stables. Mais les catastrophes, les dépendances et les inégalités de risque rappellent les limites de ce raisonnement. Finalement, l’assurance ne transforme pas le hasard en certitude : elle organise financièrement l’incertitude. C’est une belle rencontre entre la loi binomiale, l’économie et les décisions collectives.

Support visuel à reconstruire en 20 minutes

Reproduis l’idée du dessin en quelques traits, chiffres et légendes lisibles. Il n’est pas nécessaire de reproduire les couleurs, les encadrés ou la mise en page graphique pour le jury.

Support graphique de Grand Oral pour le sujet Comment une assurance peut-elle prévoir l’imprévisible ?

À préparer : une feuille A4, un dessin central, les hypothèses clairement posées, le résultat chiffré et une phrase sur les limites du modèle.

Faire varier le groupe d’assurés — expérience interactive

Teste la sensibilité du résultat à un paramètre. Cette expérience pédagogique n’est pas un outil professionnel de décision.

Résultat du modèle—

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15 questions probables du jury — avec réponses

1. Qu’est-ce qu’une loi de Bernoulli ?

Une loi prenant deux valeurs, 1 avec probabilité \(p\) et 0 avec probabilité \(1-p\).

2. Pourquoi $X$ est-elle binomiale ?

Parce que le modèle compte les sinistres de 1 000 assurés, avec deux issues, une probabilité commune et une indépendance supposée.

3. Que représente le paramètre $n$ ?

Le nombre de contrats : ici 1 000. Le paramètre \(p\) vaut 0,04.

4. Que signifie l’espérance 40 ?

C’est le nombre moyen de sinistres prévu sur de nombreuses années théoriquement comparables, pas une certitude pour une année donnée.

5. Pourquoi payer seulement 55 euros peut-il fonctionner avec un sinistre coûtant 1 000 euros ?

Parce que tous les assurés ne subissent pas un sinistre. Dans le modèle, la dépense attendue par assuré vaut \(0{,}04\times1000=40\) euros.

6. Quel est le total attendu des indemnisations ?

\(1000\times E(X)=40\,000\) euros.

7. Comment calculer la variance de $X$ ?

\(V(X)=np(1-p)=38{,}4\).

8. Que vaut l’écart-type ?

\(\sigma(X)=\sqrt{38{,}4}\approx6{,}20\) sinistres. Il mesure la dispersion de la loi.

9. À partir de combien de sinistres les primes ne suffisent-elles plus dans le modèle ?

Dès 56 sinistres, les paiements totalisent 56 000 euros, supérieurs aux 55 000 euros encaissés.

10. Comment calculer $P(X\ge56)$ ?

Par le complémentaire : \(1-P(X\le55)\), évalué à la calculatrice binomiale ; cela vaut environ 0,00841.

11. Pourquoi ce 0,84 % n’est-il pas une probabilité de faillite ?

Parce qu’il n’intègre ni réserves, ni autres frais, ni autres ressources, ni régime de solvabilité. Ce n’est qu’un dépassement de primes par les indemnisations du modèle.

12. Qu’est-ce que la mutualisation ?

Mettre en commun les primes de nombreux assurés pour financer les sinistres de ceux qui en subissent un.

13. Quel rôle joue la loi des grands nombres ?

Elle explique que la fréquence des sinistres se concentre autour de la probabilité \(p\) quand le nombre de risques indépendants comparables grandit.

14. Pourquoi le modèle peut-il échouer pendant une catastrophe ?

Une catastrophe touche de nombreux assurés en même temps : l’indépendance des sinistres devient fausse.

15. Quelle différence entre une prévision moyenne et une vraie tarification ?

La tarification intègre aussi le coût variable des sinistres, les frais, les risques extrêmes, les réserves et des contraintes réglementaires ou sociales.

5 relances difficiles : le jury modifie une hypothèse

1. Et si le nombre d’assurés était multiplié par 100 ?

L’écart-type de la fréquence serait divisé par 10 si \(p\) et l’indépendance restent constants, puisque \(\sigma(F_n)=\sqrt{p(1-p)/n}\). Le montant total fluctuerait toutefois sur une autre échelle.

2. Et si les sinistres étaient tous provoqués par un même ouragan ?

La dépendance commune peut rendre l’addition des risques beaucoup moins stabilisante. La formule binomiale ne s’applique plus ; il faut modéliser l’événement collectif et les corrélations.

3. Et si le coût de chaque sinistre était aléatoire ?

On ne pourrait plus identifier la dépense totale à \(1000X\). Il faudrait sommer des coûts aléatoires, et distinguer la fréquence des sinistres de leur gravité ; l’espérance totale demanderait des hypothèses supplémentaires.

4. Et si 20 % des assurés avaient un risque beaucoup plus élevé ?

La probabilité ne serait plus la même pour chaque client. Le total ne suivrait en général pas une loi binomiale classique, même si l’espérance se calcule encore par addition des probabilités individuelles.

5. Une prime fondée uniquement sur l’espérance serait-elle suffisante ?

Non. Elle laisserait sans financement les frais d’exploitation et n’offrirait aucune marge pour les mauvaises années. Les choix de prix et d’accès à l’assurance soulèvent aussi des questions de mutualisation, d’équité et de régulation.

Petit plan de l’exposé — à mémoriser

  1. Présenter le paradoxe : on ne prédit aucun assuré, mais on prévoit un groupe
  2. Poser le modèle de Bernoulli et la loi binomiale \(\mathcal B(1000;0{,}04)\)
  3. Calculer espérance, écart-type et seuil des 56 sinistres
  4. Expliquer la mutualisation avec la variance de la fréquence
  5. Conclure sur la dépendance des risques et les limites de la tarification

Sources et vérification des hypothèses

Les exemples chiffrés de l’exposé sont des situations de modélisation fictives. Les ressources citées permettent de retrouver le cadre scientifique ou les notions mathématiques.