🎤 Grand Oral • Mathématiques

Comment les suites et le logarithme permettent-ils de comprendre le coût d’un crédit immobilier ?

Un emprunt évolue mois après mois selon une relation de récurrence. Derrière un problème financier concret se cachent une suite géométrique, une exponentielle et un logarithme.

≈ 10 minutes⭐⭐⭐Suites récurrentesSuite géométriqueLogarithmeModélisation

Pourquoi ce sujet fonctionne bien

La question est concrète mais le cœur du sujet reste réellement mathématique. La relation de récurrence conduit naturellement à une suite géométrique, puis le logarithme intervient pour résoudre le problème de durée. Le sujet permet enfin une étude de sensibilité du coût au taux.

Exposé complet — objectif 10 minutes

0:00 → 1:00

Introduction — pourquoi un crédit est un problème de suite

Quand une banque prête 200 000 euros pour acheter un logement, on pourrait croire qu’il suffit de diviser cette somme par le nombre de mensualités pour connaître la durée du remboursement. Mais ce raisonnement oublie les intérêts. Chaque mois, la dette augmente légèrement avant que l’emprunteur ne verse sa mensualité. Le capital restant dû évolue donc étape après étape : c’est exactement une situation que l’on peut modéliser par une suite.

Je vais étudier un exemple volontairement simple : un emprunt initial de 200 000 €, un taux de 0,25 % par mois et une mensualité constante de 1 100 €. Ma question est : comment les suites et le logarithme permettent-ils de prévoir la durée et le coût d’un crédit immobilier ?

1:00 → 2:20

1. Construire la suite du capital restant dû

Je note \(D_n\) le capital restant dû juste après la \(n\)-ième mensualité. Au départ, \[ D_0=200\,000. \] Entre deux mensualités, la dette augmente de 0,25 %. Elle est donc multipliée par \[ 1+0{,}0025=1{,}0025. \] Puis l’emprunteur verse 1 100 €. On obtient la relation \[ \boxed{D_{n+1}=1{,}0025D_n-1100}. \]

Cette suite n’est ni arithmétique ni géométrique : elle combine une multiplication puis une soustraction. C’est une suite arithmético-géométrique.

Le premier mois, les intérêts valent \[ 0{,}0025\times200\,000=500. \] Comme la mensualité de 1 100 € est supérieure à 500 €, la dette commence bien à diminuer. Avec une mensualité trop faible, on pourrait au contraire rembourser sans faire baisser le capital.

2:20 → 4:00

2. Faire apparaître une suite géométrique cachée

Pour obtenir une formule explicite de \(D_n\), je cherche une valeur fixe \(L\), c’est-à-dire une valeur qui vérifierait \[ L=1{,}0025L-1100. \] Donc \[ 0{,}0025L=1100, \] d’où \[ L=440\,000. \]

Je pose alors \[ V_n=D_n-440\,000. \] On calcule : \[ V_{n+1}=D_{n+1}-440\,000 =1{,}0025D_n-1100-440\,000. \] Or \[ 1100+440\,000=441\,100=1{,}0025\times440\,000. \] Ainsi \[ V_{n+1}=1{,}0025(D_n-440\,000) =1{,}0025V_n. \] La suite \((V_n)\) est donc géométrique de raison \(1{,}0025\).

Comme \[ V_0=200\,000-440\,000=-240\,000, \] on a \[ V_n=-240\,000(1{,}0025)^n. \] Finalement, \[ \boxed{D_n=440\,000-240\,000(1{,}0025)^n}. \]

Cette formule permet désormais de connaître directement le capital restant au mois \(n\), sans recalculer toutes les mensualités précédentes.

4:00 → 5:40

3. Utiliser le logarithme pour déterminer la durée

Le crédit est remboursé lorsque le capital restant dû devient inférieur ou égal à zéro. On cherche donc le plus petit entier \(n\) tel que \[ D_n\leq0. \] Avec la formule explicite, \[ 440\,000-240\,000(1{,}0025)^n\leq0. \] Donc \[ (1{,}0025)^n\geq\frac{440\,000}{240\,000} =\frac{11}{6}. \]

L’inconnue \(n\) est dans l’exposant. C’est exactement la situation où le logarithme népérien est utile. Comme \(\ln\) est croissante, \[ n\ln(1{,}0025)\geq\ln\left(\frac{11}{6}\right). \] Ainsi \[ n\geq\frac{\ln(11/6)}{\ln(1{,}0025)} \approx 242,76. \] Le plus petit entier possible est donc \[ \boxed{243}. \]

Le crédit est remboursé au cours de la 243e mensualité, soit environ 20 ans et 3 mois.

5:40 → 6:50

4. Calculer le coût réel du crédit

La dernière mensualité n’a pas besoin d’être de 1 100 €. Après 242 mensualités complètes, le capital restant dû vaut environ \[ D_{242}\approx 831,16\text{ €}. \] Avant le paiement suivant, il produit encore un mois d’intérêts. La dernière somme à verser vaut donc environ \[ 1{,}0025\times 831,16 \approx 833,24\text{ €}. \]

Le montant total versé est alors \[ 242\times1100+833,24 \approx 267 033,24\text{ €}. \] Comme 200 000 € avaient été empruntés, le coût des intérêts dans ce modèle vaut environ \[ \boxed{67 033,24\text{ €}}. \]

Une mensualité ne rembourse donc pas seulement le capital : une partie paie le coût du temps, c’est-à-dire les intérêts accumulés pendant la durée du prêt.

6:50 → 8:05

5. Une petite variation du taux peut avoir un grand effet

Le modèle permet de faire varier le taux tout en gardant le même emprunt de 200 000 € et la même mensualité de 1 100 €. Avec un taux mensuel de 0,20 %, on trouve environ 227 mensualités et un coût d’intérêts d’environ 48 841 €. À 0,25 %, on obtient 243 mensualités et environ 67 033 € d’intérêts. À 0,30 %, on monte à environ 264 mensualités et 89 535 € d’intérêts.

Entre 0,20 % et 0,30 % par mois, l’écart de taux paraît faible, mais le coût des intérêts augmente ici d’environ \[ 89\,535-48\,841\approx40\,694\text{ €}. \]

Pourquoi ? Parce que le taux agit à chaque étape de la suite. Son effet est répété et composé pendant des centaines de mensualités. Une petite différence locale finit donc par produire une différence globale importante.

8:05 → 9:10

6. Deux écritures du même phénomène

Sur mon support, je représente le capital restant dû en fonction du nombre de mensualités. La courbe descend jusqu’à zéro mais n’est pas une droite : la part des intérêts est plus importante au début, lorsque le capital restant dû est élevé.

Le support montre aussi les deux écritures \[ D_{n+1}=1{,}0025D_n-1100 \] et \[ D_n=440\,000-240\,000(1{,}0025)^n. \] La première décrit le mécanisme mois après mois. La seconde permet de prévoir directement le capital au mois \(n\). Ce sont deux points de vue sur le même phénomène.

On peut même relier cette suite à l’exponentielle puisque \[ (1+r)^n=e^{n\ln(1+r)}. \] Une croissance multiplicative discrète peut donc aussi être écrite avec une fonction exponentielle.

9:10 → 10:00

Conclusion et limites

Je peux donc répondre à la question. Les suites permettent de modéliser l’évolution mensuelle du capital restant dû. Une transformation fait apparaître une suite géométrique, puis le logarithme permet de résoudre l’inéquation qui donne la durée du remboursement. Dans notre exemple, on obtient environ 243 mensualités et un coût d’intérêts proche de 67 000 €.

Le modèle reste simplifié : il ne prend pas en compte l’assurance, les frais, un éventuel changement de taux, les remboursements anticipés ni toutes les conventions bancaires. Mais il met en évidence une idée essentielle : lorsqu’une petite variation est répétée plusieurs centaines de fois, son effet cumulé peut devenir considérable. C’est exactement ce que les suites et les logarithmes permettent de quantifier.

Calibration : environ 858 mots hors formules. Les calculs, écritures et moments consacrés au support sont intégrés dans le rythme prévu.

Support visuel conseillé

À reconstruire pendant les 20 minutes de préparation : une courbe du capital restant dû, la relation de récurrence, la formule explicite et le seuil \(n\approx242{,}76\). L’image ci-dessous est le modèle d’entraînement.
Support visuel pour le Grand Oral sur le coût d’un crédit immobilier

15 questions possibles du jury — avec réponses

1. Pourquoi la suite \(D_n\) n’est-elle pas géométrique ?
Parce que l’on ne fait pas seulement une multiplication : on soustrait aussi 1 100. La relation est de la forme \(D_{n+1}=aD_n+b\).
2. Pourquoi chercher une valeur fixe \(L\) ?
Parce qu’en soustrayant ce point fixe, on élimine le terme constant et on fait apparaître une suite géométrique.
3. Pourquoi obtient-on \(L=440\,000\) ?
Elle vérifie \(L=1{,}0025L-1100\), donc \(0{,}0025L=1100\).
4. Que représente vraiment 440 000 € ?
C’est le point fixe algébrique de la récurrence. Il sert à transformer la suite ; ce n’est pas une dette que l’emprunteur doit atteindre.
5. Pourquoi \(V_n=D_n-440\,000\) est-elle géométrique ?
Parce qu’elle vérifie exactement \(V_{n+1}=1{,}0025V_n\).
6. Pourquoi utilise-t-on un logarithme pour trouver la durée ?
Parce que l’inconnue \(n\) apparaît dans la puissance \((1{,}0025)^n\). Le logarithme permet de faire descendre l’exposant.
7. Pourquoi le sens de l’inégalité est-il conservé avec le logarithme ?
Parce que \(\ln\) est strictement croissante sur \(]0,+\infty[\).
8. Pourquoi 243 mensualités et non 242,76 ?
Parce qu’un nombre de mensualités est entier. Le seuil est franchi au cours de la 243e période.
9. Pourquoi la dernière mensualité est-elle plus faible ?
Après 242 mensualités complètes, il ne reste qu’environ 831 € de capital. Un dernier paiement d’environ 833 € après intérêts suffit à solder le prêt.
10. Quelle condition garantit que la dette diminue dès le premier mois ?
Il faut que la mensualité soit supérieure aux intérêts du premier mois : \(a>rD_0\). Ici \(1100>500\).
11. Que se passerait-il si \(a=rD_0\) ?
La mensualité paierait exactement les intérêts : le capital resterait constant dans ce modèle.
12. Pourquoi une faible variation du taux peut-elle coûter beaucoup ?
Parce que le facteur multiplicatif est appliqué chaque mois. Son effet se compose pendant des centaines de périodes.
13. Le taux annuel vaut-il simplement douze fois le taux mensuel ?
Douze fois le taux mensuel donne un taux nominal simple. Avec capitalisation mensuelle, le taux annuel effectif associé est \((1+r)^{12}-1\). Il faut préciser la convention.
14. Ce modèle correspond-il exactement à un vrai crédit bancaire ?
Non. Il ignore notamment assurance, frais, variations de taux, conventions bancaires et remboursements anticipés.
15. Quel autre chapitre de Terminale peut-on relier à ce sujet ?
À l’exponentielle via \((1+r)^n=e^{n\ln(1+r)}\), aux limites, ou à l’algorithmique si l’on programme l’échéancier.

5 relances difficiles

Relance 1 — Et si la mensualité passait à 1 300 € ?
Réponse attendue : Il faut remplacer 1 100 par 1 300, puis recalculer le point fixe \(L=1300/0{,}0025=520\,000\) et résoudre la nouvelle inéquation. La durée et le coût des intérêts diminuent.
Relance 2 — Pouvez-vous donner la formule générale ?
Réponse attendue : Pour \(D_{n+1}=(1+r)D_n-a\), on obtient \[D_n=\frac ar+\left(D_0-\frac ar\right)(1+r)^n.\]
Relance 3 — À quelle condition le crédit peut-il commencer à se rembourser ?
Réponse attendue : Il faut \(a>rD_0\). Sinon les intérêts du premier mois absorbent toute la mensualité ou davantage.
Relance 4 — Quel lien exact avec une fonction exponentielle ?
Réponse attendue : On peut écrire \((1+r)^n=e^{n\ln(1+r)}\). La suite géométrique est donc l’échantillonnage discret d’une exponentielle.
Relance 5 — Comment étudier la sensibilité au taux ?
Réponse attendue : On peut comparer plusieurs valeurs du taux à mensualité fixée, ou considérer la durée théorique comme une fonction du taux. Pour l’oral, quelques scénarios bien choisis sont plus lisibles.

Limites, hypothèses et prolongements

Hypothèses du modèle : taux mensuel constant, mensualité constante, absence d’assurance et de frais, pas de remboursement anticipé, intérêts calculés selon le modèle discret retenu.

Prolongements possibles : comparer plusieurs mensualités, comparer taux nominal et taux effectif, étudier la sensibilité du coût au taux, programmer un échéancier ou rapprocher \((1+r)^n\) de \(e^{n\ln(1+r)}\).