Exposé complet — objectif 10 minutes
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Introduction — une croissance de 2 % est-elle vraiment « petite » ?
Deux pour cent de croissance par an paraît faible. Pourtant, lorsqu’une quantité augmente de 2 % chaque année, elle suit une croissance géométrique : les augmentations successives se cumulent. Face à un stock de ressources fini, cette dynamique peut devenir décisive.
Ma problématique est donc : notre croissance économique actuelle peut-elle conduire à l’épuisement des ressources naturelles ?
Pour répondre, il faut distinguer deux idées. Premièrement, une consommation matérielle qui augmente exponentiellement épuise plus vite un stock fini. Deuxièmement, la croissance du PIB n’implique pas nécessairement que l’utilisation de matières augmente au même rythme. Les mathématiques permettent précisément de formuler la condition qui sépare ces deux situations.
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1. Modéliser une consommation qui augmente chaque année
Je considère une ressource non renouvelable disponible en quantité \(R\). Aujourd’hui, on en consomme \(C_0\) unités par an. Si cette consommation augmente de \(g\)% par an, alors l’année \(n\),
\[
\boxed{C_n=C_0(1+g)^n}.
\]
C’est une suite géométrique de raison \(1+g\).
Mais pour savoir quand le stock sera épuisé, il ne suffit pas de regarder la consommation d’une seule année. Il faut additionner toutes les consommations successives :
\[
S_n=C_0+C_0(1+g)+\cdots+C_0(1+g)^{n-1}.
\]
La somme d’une suite géométrique donne
\[
\boxed{S_n=C_0\frac{(1+g)^n-1}{g}}.
\]
Le stock est théoriquement épuisé dès que
\[
S_n\ge R.
\]
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2. Le logarithme permet d’estimer la date d’épuisement
La condition
\[
C_0\frac{(1+g)^n-1}{g}\ge R
\]
équivaut à
\[
(1+g)^n\ge1+\frac{gR}{C_0}.
\]
En utilisant le logarithme,
\[
\boxed{
n\ge
\frac{\ln\left(1+\frac{gR}{C_0}\right)}
{\ln(1+g)}
}.
\]
Prenons un exemple simple : supposons que le stock représente 50 années de consommation au rythme actuel. Cela signifie
\[
\frac{R}{C_0}=50.
\]
Si la consommation reste constante, le stock dure exactement 50 ans.
Mais avec une croissance de consommation de 2 % par an,
\[
n=
\frac{\ln(1+0{,}02\times50)}{\ln(1{,}02)}
=
\frac{\ln2}{\ln1{,}02}
\approx35.
\]
Ainsi,
\[
\boxed{\text{50 années au rythme actuel deviennent environ 35 années dans ce modèle}.}
\]
Cela illustre la puissance de la croissance exponentielle.
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3. Pourquoi ce résultat ne prouve-t-il pas que « la croissance épuise forcément les ressources » ?
Parce que j’ai fait une hypothèse forte : j’ai supposé que la consommation matérielle augmente au même rythme que l’activité économique. Or ce n’est pas nécessairement le cas.
On peut produire davantage de valeur économique en utilisant moins de matière par unité produite : machines plus efficaces, bâtiments mieux conçus, recyclage, logiciels, services ou substitution de matériaux.
Je note donc \(Y_n\) la production économique et \(i_n\) l’intensité matérielle, c’est-à-dire la quantité de ressources nécessaire pour produire une unité de PIB.
Si le PIB augmente de \(g\)% par an,
\[
Y_n=Y_0(1+g)^n.
\]
Et si l’intensité matérielle diminue de \(h\)% par an,
\[
i_n=i_0(1-h)^n.
\]
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4. La condition mathématique du découplage absolu
La quantité totale de ressources utilisée est alors
\[
C_n=Y_ni_n.
\]
Donc
\[
C_n
=
Y_0i_0(1+g)^n(1-h)^n,
\]
soit
\[
\boxed{C_n=C_0[(1+g)(1-h)]^n}.
\]
Pour que le PIB augmente tout en faisant diminuer l’utilisation totale de ressources, il faut
\[
(1+g)(1-h)<1.
\]
On peut isoler \(h\) :
\[
\boxed{h>\frac{g}{1+g}}.
\]
Par exemple, avec une croissance économique de 2 %,
\[
h>\frac{0{,}02}{1{,}02}\approx0{,}0196.
\]
L’intensité matérielle doit donc baisser de plus de
\[
\boxed{1{,}96\%\text{ par an}}
\]
pour que l’utilisation totale de matières diminue dans ce modèle.
C’est ce qu’on appelle un découplage absolu. Si l’utilisation de ressources augmente encore mais moins vite que le PIB, il n’y a qu’un découplage relatif.
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5. Que montrent les données mondiales ?
Le Global Resources Outlook 2024 du Programme des Nations unies pour l’environnement estime que l’extraction mondiale de matières est passée d’environ 30 milliards de tonnes en 1970 à 106,6 milliards de tonnes en 2024.
Le rapport donne une croissance moyenne d’environ 2,3 % par an. Le rapport entre les deux niveaux vaut
\[
\frac{106{,}6}{30}\approx3{,}55.
\]
L’extraction annuelle mondiale a donc été multipliée par environ trois et demi en un peu plus d’un demi-siècle.
Ces données montrent que, jusqu’à présent, l’utilisation mondiale de matières a fortement augmenté. Mais elles ne suffisent pas à dire qu’une ressource précise sera épuisée à une date donnée : les matières agrégées comprennent biomasse, combustibles fossiles, minerais métalliques et minéraux non métalliques, qui n’ont ni la même rareté ni les mêmes impacts.
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6. Une réserve n’est pas un coffre immobile
Dans notre premier modèle, \(R\) était un stock fixe. Dans la réalité, les réserves économiquement exploitables changent avec les découvertes, la technologie, les prix, le recyclage et la possibilité de remplacer un matériau par un autre.
La Banque mondiale souligne d’ailleurs que le capital naturel non renouvelable peut varier avec les nouvelles découvertes, les innovations technologiques et les conditions de marché.
Il faut donc distinguer la ressource physique totale, la réserve connue et la réserve réellement exploitable à un moment donné. Une annonce du type « il reste exactement 35 ans de telle ressource » serait beaucoup trop forte si elle repose seulement sur le rapport entre réserves actuelles et consommation actuelle.
Il faut enfin distinguer les ressources non renouvelables, comme certains minerais ou combustibles fossiles, des ressources renouvelables, comme une forêt ou un stock de poissons. Pour une ressource renouvelable, le modèle pertinent ne consiste plus seulement à soustraire la consommation à un stock : il faut aussi ajouter un terme de régénération. La question devient alors de savoir si le prélèvement annuel reste inférieur, à long terme, à la capacité de renouvellement.
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7. PIB et richesse ne mesurent pas la même chose
Il existe enfin une distinction importante entre un flux et un stock. Le PIB mesure principalement un flux de production sur une période. Il ne mesure pas directement l’état du patrimoine naturel restant.
Un pays peut donc augmenter sa production aujourd’hui tout en réduisant une partie de son capital naturel. C’est pour cette raison que la Banque mondiale complète le PIB par des mesures de richesse incluant capital produit, capital humain et capital naturel.
Dans son rapport 2024, elle indique que plus de 25 % des pays étudiés ont connu une croissance positive du PIB réel par habitant alors que leur richesse réelle par habitant diminuait. Cela montre qu’une croissance du flux annuel ne suffit pas, à elle seule, à démontrer que la trajectoire est durable.
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Conclusion — ce que les mathématiques permettent réellement d’affirmer
Les mathématiques ne montrent pas que toute croissance économique conduit automatiquement à l’épuisement des ressources. Elles montrent quelque chose de plus précis.
Si une consommation matérielle croît exponentiellement face à un stock fini, alors le stock finit nécessairement par être épuisé dans ce modèle. Mais si l’intensité matérielle diminue suffisamment vite, une économie peut croître tout en réduisant son utilisation totale de matières.
La condition
\[
\boxed{(1+g)(1-h)<1}
\]
résume cette idée.
La vraie question devient donc : l’efficacité, le recyclage et les substitutions progresseront-ils assez vite pour compenser l’augmentation de l’activité économique ? Les mathématiques donnent la condition ; les données réelles permettent ensuite de vérifier si elle est atteinte.
Autrement dit, le débat ne porte pas seulement sur le taux de croissance, mais sur la composition de cette croissance et sur la vitesse à laquelle l’économie réduit sa dépendance matérielle.
Calibration : environ 1073 mots hors formules. Les deux modèles successifs — épuisement puis découplage — donnent une progression naturelle sur dix minutes.
15 questions possibles du jury — avec réponses
1. Pourquoi utilisez-vous une suite géométrique ?
Parce que la consommation augmente chaque année d’un même pourcentage, donc chaque terme s’obtient en multipliant le précédent par \(1+g\).
2. Pourquoi faut-il utiliser une somme géométrique ?
Parce que l’épuisement dépend de la consommation cumulée sur plusieurs années, pas seulement de la consommation d’une année.
3. Que représente \(R/C_0\) ?
Le nombre d’années que durerait le stock si la consommation restait constante au niveau actuel.
4. Pourquoi le logarithme apparaît-il ?
Parce que l’inconnue \(n\) se trouve dans l’exposant \((1+g)^n\). Le logarithme permet de faire descendre cet exposant.
5. Pourquoi 50 années deviennent-elles environ 35 avec +2 % par an ?
Parce que la consommation annuelle augmente progressivement ; la somme cumulée atteint donc le stock plus tôt que dans le cas constant.
6. Cela prouve-t-il que le PIB doit décroître pour préserver les ressources ?
Non. Le modèle distingue croissance du PIB et croissance de l’utilisation matérielle. Si l’intensité matérielle baisse assez vite, les deux peuvent évoluer dans des directions opposées.
7. Qu’est-ce que l’intensité matérielle ?
La quantité de ressources matérielles utilisée pour produire une unité de PIB.
8. Quelle différence entre découplage relatif et absolu ?
Relatif : les ressources augmentent moins vite que le PIB. Absolu : le PIB augmente tandis que l’utilisation totale de ressources diminue.
9. D’où vient la condition \((1+g)(1-h)<1\) ?
Elle vient de la raison de la suite \(C_n=C_0[(1+g)(1-h)]^n\). Pour que \(C_n\) diminue, cette raison doit être inférieure à 1.
10. Avec \(g=2\%\), pourquoi le seuil vaut-il 1,96 % et non exactement 2 % ?
Parce que les deux variations se composent multiplicativement : il faut résoudre \((1,02)(1-h)<1\), ce qui donne \(h>0,02/1,02\).
11. Les réserves naturelles sont-elles vraiment fixes ?
Non. Les réserves exploitables évoluent avec les découvertes, la technologie, les prix, le recyclage et la substitution.
12. Pourquoi les 106,6 milliards de tonnes ne signifient-ils pas que toutes les ressources deviennent trois fois plus rares ?
Parce que cet agrégat additionne des matériaux très différents en masse, sans mesurer directement leur rareté ou leur impact.
13. Le PIB mesure-t-il la richesse d’un pays ?
Il mesure surtout un flux de production sur une période. Une mesure de richesse cherche au contraire à évaluer les stocks d’actifs produits, humains et naturels.
14. Pourquoi la Banque mondiale regarde-t-elle aussi la richesse par habitant ?
Parce qu’une croissance du PIB peut être obtenue en dégradant certains actifs. La richesse par habitant apporte donc une information complémentaire sur la base productive transmise dans le temps.
15. Quelle est l’idée principale de votre exposé ?
Une croissance matérielle exponentielle est incompatible à long terme avec un stock fini, mais la croissance économique n’est pas mathématiquement identique à la croissance matérielle.