Exposé complet — objectif 10 minutes
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Introduction — apprendre, c’est réduire une erreur
Quand on utilise une intelligence artificielle capable de reconnaître une image, de prédire une valeur ou de produire du texte, on dit souvent qu’elle a « appris » à partir de données. Ce mot peut donner l’impression qu’une machine apprend comme un humain. Mathématiquement, une partie essentielle de l’apprentissage automatique repose pourtant sur une idée beaucoup plus précise : choisir des paramètres, mesurer l’erreur produite, puis modifier ces paramètres pour faire diminuer cette erreur.
Je vais étudier un exemple volontairement très simple : une machine doit ajuster une droite à deux données. Ce modèle est loin d’un grand réseau de neurones, mais il permet de comprendre le mécanisme central de la descente de gradient. Ma problématique est : comment la dérivation et les suites permettent-elles à une machine d’apprendre à partir de données ?
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1. Transformer des données en problème d’optimisation
Supposons que l’on dispose de deux observations :
\[
(1;2)\qquad\text{et}\qquad(2;3).
\]
On cherche un modèle très simple de la forme
\[
\widehat y=ax,
\]
où \(a\) est le paramètre que la machine doit apprendre.
Pour mesurer si une valeur de \(a\) est bonne, on compare les valeurs prédites aux vraies valeurs. Avec \(x=1\), la prédiction vaut \(a\), donc l’erreur est \(2-a\). Avec \(x=2\), la prédiction vaut \(2a\), donc l’erreur est \(3-2a\).
On choisit de mesurer l’erreur totale avec la somme des carrés :
\[
E(a)=(2-a)^2+(3-2a)^2.
\]
En développant,
\[
E(a)=5a^2-16a+13.
\]
On peut aussi écrire
\[
\boxed{E(a)=5(a-1{,}6)^2+0{,}2}.
\]
Cette fonction représente la perte du modèle : plus \(E(a)\) est petite, meilleure est l’adaptation aux données.
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2. La dérivée indique dans quelle direction corriger le paramètre
La fonction \(E\) est un polynôme du second degré. Sa dérivée vaut
\[
E'(a)=10a-16=10(a-1{,}6).
\]
Et sa dérivée seconde vaut
\[
E''(a)=10>0.
\]
La fonction est donc strictement convexe : elle possède un unique minimum.
Ce minimum est atteint lorsque
\[
E'(a)=0,
\]
donc
\[
10a-16=0,
\]
d’où
\[
\boxed{a^*=1{,}6}.
\]
Dans ce petit exemple, on pourrait donc calculer directement la meilleure valeur. Mais dans un modèle comportant des milliers ou des millions de paramètres, on ne peut généralement pas isoler aussi simplement toutes les inconnues.
L’idée de la descente de gradient consiste alors à utiliser la dérivée comme une boussole. Si \(E'(a)>0\), la fonction augmente quand \(a\) augmente : pour faire diminuer l’erreur, on doit donc réduire \(a\). Si \(E'(a)<0\), on doit au contraire augmenter \(a\). On se déplace donc dans le sens opposé à la dérivée.
On peut aussi interpréter ce minimum géométriquement. La courbe de \(E\) est une parabole ouverte vers le haut. Son sommet correspond exactement à \(a=1{,}6\). Autrement dit, l’apprentissage revient ici à se déplacer sur cette parabole jusqu’à atteindre son point le plus bas. Dans un problème réel, la fonction de perte vit dans un espace de très grande dimension, mais l’idée reste la même : chercher une vallée où l’erreur est plus petite.
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3. La machine apprend par une suite récurrente
On choisit une valeur initiale \(a_0\), par exemple
\[
a_0=0.
\]
Puis on définit
\[
\boxed{a_{n+1}=a_n-\eta E'(a_n)},
\]
où \(\eta>0\) est appelé pas d’apprentissage.
Dans notre exemple,
\[
E'(a_n)=10a_n-16.
\]
Donc
\[
a_{n+1}=a_n-\eta(10a_n-16).
\]
On peut réorganiser :
\[
a_{n+1}=(1-10\eta)a_n+16\eta.
\]
Prenons
\[
\eta=0{,}05.
\]
Alors
\[
a_{n+1}=0{,}5a_n+0{,}8.
\]
Avec \(a_0=0\), on obtient successivement
\[
a_1=0{,}8,\qquad
a_2=1{,}2,\qquad
a_3=1{,}4,\qquad
a_4=1{,}5.
\]
Les valeurs se rapprochent de 1,6. La machine ne connaît pas au départ la meilleure pente ; elle s’en approche par corrections successives.
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4. Pourquoi cette suite converge-t-elle ?
Cette partie est particulièrement intéressante car on peut prouver la convergence exactement. On soustrait la valeur optimale \(1{,}6\) dans la relation générale :
\[
a_{n+1}-1{,}6=(1-10\eta)(a_n-1{,}6).
\]
La suite
\[
u_n=a_n-1{,}6
\]
est donc géométrique de raison
\[
q=1-10\eta.
\]
Ainsi
\[
\boxed{a_n-1{,}6=(a_0-1{,}6)(1-10\eta)^n}.
\]
Pour que \(a_n\) tende vers \(1{,}6\), il faut que
\[
(1-10\eta)^n\to0.
\]
Une suite géométrique \(q^n\) tend vers zéro exactement lorsque
\[
|q|<1.
\]
On doit donc avoir
\[
|1-10\eta|<1.
\]
Cela donne
\[
-1<1-10\eta<1,
\]
puis
\[
\boxed{0<\eta<0{,}2}.
\]
On vient donc de déterminer mathématiquement les valeurs du pas d’apprentissage qui garantissent la convergence dans notre modèle.
Cette formule explicite permet même d’estimer le nombre d’itérations nécessaires pour atteindre une précision donnée. Avec \(\eta=0{,}05\), on a
\[
|a_n-1{,}6|=|a_0-1{,}6|\left(\frac12\right)^n.
\]
À chaque étape, l’écart est divisé par deux. Après dix itérations, il est donc divisé par \(2^{10}=1024\). On voit apparaître un lien direct entre vitesse d’apprentissage et comportement d’une suite géométrique.
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5. Trop petit, bien choisi, trop grand : trois comportements
Le pas \(\eta\) joue un rôle essentiel. Si
\[
\eta=0{,}01,
\]
la raison géométrique vaut
\[
1-10\eta=0{,}9.
\]
La suite converge, mais lentement.
Si
\[
\eta=0{,}05,
\]
la raison vaut \(0{,}5\). L’erreur sur le paramètre est donc divisée par deux à chaque étape : la convergence est rapide.
Si l’on prend par exemple
\[
\eta=0{,}15,
\]
la raison vaut \(-0{,}5\). La suite converge encore vers 1,6, mais elle oscille autour de la valeur optimale.
Enfin, si
\[
\eta=0{,}22,
\]
la raison vaut \(-1{,}2\). Sa valeur absolue est supérieure à 1 : les corrections deviennent de plus en plus grandes et la suite diverge. La machine « dépasse » sans cesse le minimum.
Le taux d’apprentissage n’est donc pas un détail technique. Dans notre exemple, il détermine directement si l’apprentissage est lent, rapide, oscillant ou impossible.
La forme même de la fonction de perte compte également beaucoup. Ici, elle est convexe : il n’existe qu’un seul creux, donc descendre conduit vers le bon minimum. Dans des modèles beaucoup plus complexes, le paysage de la perte peut contenir des zones plates, des vallées, des selles et plusieurs minima locaux. Cela explique pourquoi l’optimisation d’un réseau de neurones ne se réduit pas à notre parabole. Notre exemple est volontairement simple pour isoler le mécanisme mathématique fondamental.
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6. Ce que ce petit modèle dit — et ne dit pas — sur l’IA
Une vraie intelligence artificielle peut comporter un nombre immense de paramètres. Une fonction de perte dépend alors de nombreuses variables, et la dérivée devient un gradient, c’est-à-dire un vecteur de dérivées partielles. L’idée reste la même : modifier les paramètres dans la direction opposée au gradient afin de réduire la perte.
En pratique, l’apprentissage peut utiliser toutes les données à chaque étape, ou seulement un sous-ensemble appelé mini-lot. Les méthodes modernes utilisent aussi des variantes de la descente de gradient. Mais notre modèle à une seule variable contient déjà le mécanisme fondamental : une fonction d’erreur, une pente, un pas d’apprentissage et une suite de paramètres.
Il faut aussi distinguer deux objectifs. Minimiser l’erreur sur les données d’entraînement ne garantit pas automatiquement que le modèle fonctionnera bien sur de nouvelles données. Une machine peut même apprendre trop précisément les exemples fournis : c’est le problème du surapprentissage.
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Conclusion — apprendre peut devenir un problème de convergence
Je peux maintenant répondre à la problématique. Dans notre modèle, la dérivation indique comment modifier le paramètre pour faire diminuer l’erreur, puis une suite récurrente décrit les corrections successives. Cette suite devient même géométrique lorsque l’on étudie l’écart à la valeur optimale.
On peut alors prouver exactement que l’apprentissage converge si
\[
0<\eta<0{,}2.
\]
La dérivation explique donc la direction du mouvement, les suites décrivent son évolution et les limites permettent de savoir si la machine atteint réellement une valeur optimale.
Ce qui me paraît le plus intéressant, c’est qu’un mot très moderne comme « intelligence artificielle » conduit finalement à des notions classiques du programme de Terminale : dérivation, convexité, suites géométriques, inéquations et limites.
Calibration : environ 1014 mots hors formules. Le temps de lecture des équations, les petites pauses et l’utilisation du support complètent naturellement les dix minutes.
15 questions possibles du jury — avec réponses
1. Pourquoi utilise-t-on le carré des erreurs ?
Le carré rend toutes les contributions positives, pénalise davantage les grandes erreurs et donne une fonction dérivable simple. Ce n’est pas la seule fonction de perte possible.
2. Pourquoi la meilleure pente n’est-elle pas 1,5 ?
Parce qu’on ne cherche pas une droite passant simplement au milieu des deux points : on minimise la somme des carrés des erreurs. Le calcul donne \(a^*=1{,}6\).
3. Pourquoi \(E''(a)>0\) est-il important ?
Cela prouve que \(E\) est strictement convexe. Le point où \(E'(a)=0\) est donc l’unique minimum global.
4. Pourquoi descend-on dans le sens opposé à la dérivée ?
La dérivée donne la direction d’augmentation locale de la fonction. Son opposé donne donc la direction de diminution.
5. Que représente exactement \(\eta\) ?
C’est la taille de la correction effectuée à chaque itération. On l’appelle pas ou taux d’apprentissage.
6. Pourquoi la suite devient-elle géométrique ?
Parce qu’après avoir soustrait la valeur optimale 1,6, on obtient \(u_{n+1}=(1-10\eta)u_n\).
7. Pourquoi la condition de convergence est-elle \(|1-10\eta|<1\) ?
Parce qu’une suite géométrique \(q^n\) tend vers zéro si et seulement si \(|q|<1\).
8. Que se passe-t-il pour \(\eta=0{,}1\) ?
Ici \(1-10\eta=0\). Dans ce cas très particulier, la formule envoie directement tout \(a_0\) sur 1,6 en une seule étape.
9. Une valeur négative de \(1-10\eta\) empêche-t-elle la convergence ?
Non. Si sa valeur absolue reste inférieure à 1, la suite converge en oscillant de part et d’autre de 1,6.
10. Pourquoi le pas 0,22 fait-il diverger l’algorithme ?
Parce que la raison vaut \(-1{,}2\), dont la valeur absolue est supérieure à 1. L’écart à l’optimum grandit à chaque étape.
11. Une vraie IA utilise-t-elle une seule variable ?
Non. Un réseau de neurones peut avoir un très grand nombre de paramètres. Le gradient devient alors un vecteur de dérivées partielles.
12. Quelle différence entre dérivée et gradient ?
La dérivée concerne ici une fonction d’une variable. Le gradient regroupe les dérivées partielles d’une fonction de plusieurs variables.
13. Pourquoi ne calcule-t-on pas toujours directement le minimum ?
Pour des modèles très complexes, la fonction de perte dépend de trop nombreux paramètres et il n’existe généralement pas de formule explicite simple pour le minimum.
14. Qu’est-ce que le surapprentissage ?
C’est le fait d’obtenir un modèle très performant sur les données d’entraînement mais moins bon sur de nouvelles données, car il a trop épousé les particularités des exemples.
15. Votre modèle décrit-il vraiment ChatGPT ?
Il décrit un principe d’optimisation utilisé dans l’apprentissage automatique, pas l’architecture complète d’un grand modèle de langage. Les systèmes réels sont beaucoup plus complexes.