Exposé complet — objectif 10 minutes
Les indications de durée comprennent la lecture des formules et les gestes sur le support. Le texte est un exemple de rédaction à adapter et à chronométrer à voix haute.
0:00 → 1:05Introduction — fermer une route pour gagner du temps
Imaginez une ville dans laquelle quatre mille automobilistes prennent chaque matin soixante-cinq minutes pour rejoindre leur destination. Pour améliorer la circulation, on ouvre un raccourci extrêmement rapide. Les conducteurs peuvent toujours emprunter les anciennes routes : ils disposent simplement d’un choix supplémentaire.
On pourrait donc penser que personne ne peut être perdant. Pourtant, après l’ouverture, chaque trajet dure quatre-vingts minutes. La nouvelle route fait perdre quinze minutes à tout le monde. Et sa fermeture permet de retrouver les soixante-cinq minutes initiales.
Ce phénomène porte le nom de paradoxe de Braess. Ma question est : Comment la fermeture d’une route peut-elle réduire les embouteillages ?
Je vais le démontrer sur un petit réseau, puis utiliser la dérivation pour distinguer deux objectifs : choisir son meilleur trajet et organiser la circulation de tous.
1:05 → 2:151. Un modèle simple, avec des hypothèses explicites
Sur mon support, je représente quatre points : le départ D, l’arrivée F et deux carrefours A et B. Toutes les routes sont à sens unique, dans le sens des flèches. Les quatre mille conducteurs veulent aller de D à F.
Deux tronçons, D vers B et A vers F, prennent toujours quarante-cinq minutes. Les deux autres, D vers A et B vers F, sont sensibles à la congestion. Si un tronçon reçoit n véhicules, son temps de parcours, en minutes, est donné par la fonction :
t(n) = n100
Avec deux mille véhicules, ce temps vaut vingt minutes ; avec quatre mille, il vaut quarante minutes. La fonction est croissante : davantage de véhicules signifie davantage de temps.
Je suppose que les conducteurs connaissent les temps de parcours et cherchent à minimiser leur propre durée. Je raisonne sur une répartition stabilisée du trafic, en négligeant l’effet d’un véhicule isolé. Ce modèle décrit une situation idéale, pas les embouteillages d’une ville réelle dans tous leurs détails.
2:15 → 3:402. Route centrale fermée : un équilibre à 65 minutes
Sans raccourci, deux itinéraires existent : D, A, F, par le haut, ou D, B, F, par le bas. J’appelle x le nombre de conducteurs sur l’itinéraire supérieur. Il en reste quatre mille moins x sur l’autre.
Thaut(x) = x100 + 45 ; Tbas(x) = 45 + 4 000 − x100
Si l’un des trajets est plus rapide, des conducteurs du trajet le plus lent ont intérêt à changer. À l’équilibre, aucun ne peut réduire sa durée par un changement individuel. Ici, les deux itinéraires sont utilisés et leurs temps doivent donc être égaux.
x100 + 45 = 45 + 4 000 − x100 ⇒ 2x = 4 000 ⇒ x = 2 000
Les automobilistes se partagent donc également entre les deux parcours. Pour chacun, un tronçon variable prend vingt minutes et l’autre, fixe, quarante-cinq minutes.
T = 20 + 45 = 65 minutes
Cette répartition est stable : changer seul d’itinéraire ne permet pas d’aller plus vite. C’est notre situation de référence.
3:40 → 5:253. Route centrale ouverte : le raccourci attire tout le monde
On ouvre maintenant une route de A vers B. Pour simplifier, son temps de parcours est nul : cela représente une liaison très rapide. Un troisième itinéraire devient possible : D, A, B, F.
Pourquoi les conducteurs vont-ils le choisir ? Comparons-le d’abord au trajet supérieur. Les deux trajets partagent D vers A. Ensuite, le raccourci permet de remplacer le tronçon A vers F, qui prend quarante-cinq minutes, par B vers F.
Or ce tronçon variable ne peut jamais recevoir plus de quatre mille véhicules. Son temps est donc au plus de quarante minutes. Le remplacer donne toujours un avantage. Le même raisonnement s’applique au trajet inférieur : on remplace D vers B, qui dure quarante-cinq minutes, par D vers A et le raccourci.
À l’équilibre, tous les conducteurs utilisent donc D, A, B, F. Mais chacun des deux tronçons sensibles à la congestion reçoit maintenant les quatre mille véhicules.
T = 4 000100 + 0 + 4 000100 = 80 minutes
Chaque conducteur perd quinze minutes par rapport à la situation initiale. Pourtant, une fois cette répartition installée, revenir seul à un ancien itinéraire prendrait quarante minutes plus quarante-cinq, soit quatre-vingt-cinq minutes. Personne n’a donc intérêt à le faire.
Le résultat est paradoxal pour notre intuition, mais cohérent : une suite de choix avantageux individuellement conduit à une situation moins favorable pour tous.
5:25 → 7:154. La dérivation permet de mesurer l’efficacité collective
Pour aller plus loin, je reviens au réseau sans raccourci. Cherchons la répartition qui minimise le temps moyen de trajet. Il faut calculer une moyenne pondérée : chaque durée est multipliée par le nombre de conducteurs qui la subissent.
f(x) = x(x/100 + 45) + (4 000 − x)(45 + (4 000 − x)/100)4 000
En regroupant les termes, pour x compris entre zéro et quatre mille, on obtient :
f(x) = 45 + x² + (4 000 − x)²400 000
Cette fonction du second degré est dérivable. Sa dérivée vaut :
f′(x) = 4x − 8 000400 000 = x − 2 000100 000
Elle est négative avant deux mille, nulle en deux mille, positive ensuite. La fonction décroît puis croît : son minimum est atteint pour deux mille conducteurs sur chaque itinéraire.
f(2 000) = 45 + 2 000² + 2 000²400 000 = 65
Sans raccourci, l’équilibre individuel coïncide donc avec le minimum collectif. Avec le raccourci, cette coïncidence disparaît. La dérivation permet de donner un sens précis au mot « meilleur » : il s’agit ici de minimiser la durée moyenne, pas seulement la durée d’un conducteur particulier.
7:15 → 8:455. Une nuance : la route peut être utile avec de la coordination
La route supplémentaire n’est pourtant pas inutile en elle-même. Si une autorité pouvait imposer une répartition, elle pourrait conserver les deux mille véhicules sur chaque ancien trajet et laisser le raccourci inutilisé. Le temps moyen resterait alors égal à soixante-cinq minutes.
On peut même faire légèrement mieux. Plaçons mille sept cent cinquante conducteurs sur chaque ancien itinéraire et cinq cents sur le nouveau. Les deux tronçons variables reçoivent chacun deux mille deux cent cinquante véhicules ; ils prennent donc vingt-deux minutes et demie.
Les anciens itinéraires durent alors soixante-sept minutes et demie, tandis que le trajet central dure quarante-cinq minutes. La durée moyenne est :
3 500 × 67,5 + 500 × 454 000 = 64,6875 minutes
C’est un peu moins que soixante-cinq. Mais cette répartition n’est pas stable : les conducteurs des trajets les plus lents voudraient emprunter le raccourci. Elle nécessite une coordination.
Le problème vient donc de l’écart entre deux logiques : réduire sa propre durée et réduire la moyenne. Un conducteur qui change de route tient compte du temps qu’il gagne, mais pas de toute la congestion supplémentaire qu’il impose aux autres.
8:45 → 10:00Conclusion — le réseau et les choix doivent être étudiés ensemble
Ce modèle repose sur des simplifications : un nombre fixe de conducteurs, des routes à sens unique, deux durées constantes, deux fonctions linéaires et un raccourci presque instantané. Il explique un mécanisme possible ; il ne permet pas d’affirmer que fermer n’importe quelle route améliorerait la circulation.
Les idées d’équilibre et de choix stratégiques constituent un prolongement vers la théorie des jeux. En revanche, les calculs principaux utilisent des outils familiers : fonctions, équations, moyenne pondérée et dérivation.
Je peux maintenant répondre à la problématique. Dans notre réseau, ouvrir la liaison A vers B modifie les choix de chacun. Tous empruntent les mêmes tronçons congestionnés et leur temps passe de soixante-cinq à quatre-vingts minutes. Fermer cette liaison rétablit la répartition entre les deux anciens trajets.
La fermeture économise donc quinze minutes à chacun, sans diminuer le nombre de conducteurs. Le paradoxe de Braess montre qu’un réseau doit être étudié avec les comportements qu’il provoque. Ajouter une possibilité peut modifier l’équilibre au détriment de tous.
La question suivante serait alors : peut-on conserver une route utile, tout en organisant les choix pour que l’intérêt de chacun se rapproche de l’intérêt collectif ?
Calibration : 1101 mots de texte environ, hors titres et formules. Prévoir les pauses de calcul et s’entraîner avec un chronomètre.
Ce que le modèle permet de conclure
Le paradoxe est une possibilité, pas une règle universelle. Une fermeture réelle nécessite une étude des déplacements et de la congestion sur l’ensemble du réseau.
Les 65 et 80 minutes sont les résultats du modèle pédagogique, pas les mesures d’une ville déterminée. Le nombre de conducteurs reste fixé ; aucune augmentation du trafic n’est nécessaire pour produire l’effet.
Le calcul raisonne sur des flux continus : on néglige l’impact de chaque véhicule isolé. Dans un modèle discret à 4 000 joueurs, un changement modifie certains temps de 0,01 minute ; cela ne remet pas en cause les équilibres centraux ni les résultats de comparaison.
Le réseau comporte des sens uniques, une liaison seulement de A vers B et des durées connues. Le modèle ignore les files à chaque carrefour, l’évolution dans la journée, les erreurs d’information et les changements de destination.
Programme : le cœur calculatoire utilise des outils du lycée ; la théorie des jeux et les équilibres de trafic sont des prolongements. Le sujet gagne sa profondeur en articulant modélisation, équations et optimisation par dérivation, sans prétendre que la théorie des jeux est un chapitre de Terminale.