🗣️ Sujet 40 · Grand Oral accessible · Suites géométriques et modélisation

Comment une rumeur peut-elle atteindre 1 000 personnes en seulement neuf étapes ?

Avec deux nouvelles personnes à chaque transmission, une somme géométrique atteint 1 023 personnes à l’étape 9.

≈ 10 minutesParcours guidéSupport simple à refaire15 questions + 5 relances

Une question concrète et accessible

Comment une rumeur peut-elle atteindre 1 000 personnes en seulement neuf étapes ?

Suites géométriquesSomme des termesPuissances de deuxLogarithmeEsprit critique

Le modèle est entièrement fictif : chaque personne n'informe que deux nouvelles personnes, sans doublon, et toutes les transmissions d'une étape sont simultanées. Il ne permet pas de prédire la vitesse réelle d'une rumeur.

Le parcours est guidé pour aider à comprendre le raisonnement. Il ne s'agit pas d'une étiquette sur le niveau de l'élève : la qualité de l'oral repose sur la maîtrise réelle des calculs et des explications.

Exposé rédigé — environ 10 minutes

Ne récite pas tout mot à mot : entraîne-toi à expliquer les idées avec tes mots, et à refaire les calculs sur une feuille.

00:00 – 01:02

Une information qui circule dans la cour

Imaginez un lycée de mille élèves. À la récréation, une personne apprend une rumeur et la raconte à deux camarades qui ne la connaissent pas encore. Ceux-ci la transmettent chacun à deux nouvelles personnes, puis les nouveaux font de même. Combien d'étapes faudra-t-il pour que le nombre total de personnes informées atteigne mille ? On pourrait croire qu'il faut énormément de temps, car la première personne n'en avertit que deux. Mais si le groupe double à chaque étape, la croissance devient étonnamment rapide. Je vais montrer comment les suites géométriques permettent de compter ces transmissions, puis expliquer pourquoi ce calcul ne prédit pas ce qui se passe réellement dans un établissement.

01:02 – 02:10

Préciser les règles du jeu

Mon modèle commence avec une personne informée à l'étape zéro. À l'étape suivante, cette personne prévient deux nouvelles personnes. À l'étape deux, les deux personnes nouvellement informées avertissent chacune deux autres personnes. Pour simplifier, je suppose qu'aucun message ne revient vers quelqu'un qui savait déjà, qu'aucune personne n'est prévenue deux fois, et que tous les élèves participent de la même façon. Je suppose aussi que les transmissions d'une étape se produisent en même temps. Ces hypothèses sont très fortes, mais elles me donnent une structure mathématique claire pour commencer. Le mot « étape » mérite d'être précisé. Il ne représente pas nécessairement une minute, ni une heure : c'est une génération de transmissions. Tant que je ne connais pas la durée réelle des échanges, je ne peux pas annoncer une durée en minutes.

02:10 – 03:15

Une suite qui double à chaque étape

Notons \(u_n\) le nombre de personnes nouvellement informées à l'étape \(n\). Au départ, \(u_0=1\). À chaque étape, ce nombre est multiplié par deux : \(u_{n+1}=2u_n\). C'est la définition d'une suite géométrique de raison deux. On en déduit \[\boxed{u_n=2^n}.\] Les premiers termes sont 1, 2, 4, 8, 16, 32, 64… À l'étape six, 64 nouvelles personnes reçoivent la rumeur. Il faut bien distinguer le nombre de nouveaux informés pendant une étape et le nombre total depuis le début. Ce sont deux quantités différentes. Pour être sûr de la formule, je peux vérifier l'initialisation : à l'étape zéro, \(2^0=1\). Puis si \(u_n=2^n\), alors \(u_{n+1}=2u_n=2^{n+1}\). C'est une petite démonstration par récurrence.

03:15 – 04:22

Compter toutes les personnes informées

Pour obtenir le total après l'étape \(n\), j'additionne les nouvelles personnes de toutes les étapes : \[T_n=1+2+4+\cdots+2^n.\] C'est une somme de termes d'une suite géométrique. Je peux la démontrer simplement. Si je multiplie par deux, j'obtiens \(2T_n=2+4+\cdots+2^{n+1}\). En soustrayant la première somme à la deuxième, tous les termes intermédiaires s'annulent : \(T_n=2^{n+1}-1\). La formule est donc \[\boxed{T_n=2^{n+1}-1}.\] Cette petite démonstration tient sur quelques lignes et constitue le passage mathématique central à présenter au jury. Cette astuce de soustraction n'est pas réservée aux puissances de deux. Elle fonctionne pour toute somme géométrique de raison différente de un. C'est une méthode de calcul que l'on retrouve dans beaucoup d'autres chapitres.

04:22 – 05:26

Neuf étapes pour dépasser mille

Calculons maintenant. Après huit étapes, \(T_8=2^9-1=511\). Après neuf étapes, \(T_9=2^{10}-1=1023\). Nous avons donc franchi le seuil de mille à la neuvième étape. Ce résultat peut sembler incroyable : au début, quelques échanges seulement ; puis le total décolle. Mais j'insiste sur un point : atteindre 1 023 dans le calcul ne veut pas dire que 1 023 élèves différents peuvent être informés dans un lycée de mille élèves. C'est justement au moment où le modèle dépasse l'effectif réel que son hypothèse d'absence de doublons devient impossible.

05:26 – 06:32

D’où vient cette croissance spectaculaire ?

La différence entre une croissance additive et une croissance multiplicative est fondamentale. Si dix nouveaux élèves apprennent l'information à chaque étape, le total augmente régulièrement. Mais avec un doublement, on ajoute un nombre de plus en plus grand : 16, puis 32, puis 64, puis 128. La fonction puissance \(2^n\) augmente beaucoup plus vite qu'une fonction affine. On peut d'ailleurs résoudre le seuil \(2^{n+1}-1\geq1000\) avec les logarithmes : \(n+1\geq\ln(1001)/\ln2\), ce qui redonne \(n\geq9\) pour un entier. Même sans logarithme, les valeurs successives suffisent à trouver le seuil.

06:32 – 07:35

Le moment où le modèle cesse de fonctionner

Dans un vrai lycée, les élèves appartiennent à des groupes d'amis qui se recoupent. Beaucoup apprennent la même information plusieurs fois, certains ne la transmettent pas, d'autres n'y croient pas ou ne la voient pas. Et surtout, le nombre d'élèves est limité. On ne peut pas continuer à doubler indéfiniment dans un groupe de mille personnes. Ce constat ne rend pas les mathématiques inutiles : il nous oblige à choisir un modèle plus approprié quand la population commence à saturer. Un modèle simple permet d'abord de comprendre un mécanisme, puis de repérer les conditions dans lesquelles il échoue. Un graphe de contacts réels n'a pas la forme d'un arbre parfait : il contient de nombreuses boucles. Deux élèves peuvent prévenir le même camarade, ce qui montre immédiatement pourquoi les « deux nouveaux » sont difficiles à maintenir.

07:35 – 08:45

Un second modèle qui tient compte de la saturation

Pour compléter sans compliquer excessivement, imaginons qu'à chaque étape un quart des personnes encore non informées apprenne la rumeur. Si le lycée compte mille élèves et si \(v_n\) désigne le total déjà informé, cela donne \[v_{n+1}=v_n+0,25(1000-v_n).\] En posant \(w_n=1000-v_n\), le nombre de personnes encore non informées, on obtient \(w_{n+1}=0,75w_n\). C'est de nouveau une suite géométrique, mais cette fois sa raison est inférieure à un. Ainsi \(v_n\) se rapproche de mille sans le dépasser. Ce modèle reste fictif et simplifié, mais il tient compte d'une limite essentielle : le nombre total d'élèves. Avec \(v_0=1\), on trouve précisément \(v_n=1000-999\times0{,}75^n\). Le second modèle est croissant et reste toujours inférieur à mille. Mais il ne prétend toujours pas représenter fidèlement le comportement de chaque élève.

08:45 – 10:00

Conclusion : apprendre à douter d’un modèle

La question de départ était : une rumeur peut-elle atteindre mille élèves en neuf étapes ? Dans un premier modèle de doublement idéal, les mathématiques donnent exactement 1 023 personnes informées à l'étape neuf, grâce à la somme géométrique \(2^{n+1}-1\). Mais ce chiffre n'est pas une prévision réaliste de la circulation d'une information dans un lycée. Les hypothèses deviennent impossibles à respecter lorsque presque tout le monde a déjà été informé. En passant à un modèle de saturation, je retrouve une autre suite géométrique qui se rapproche du total sans le dépasser. Ce sujet montre donc deux grandes forces des mathématiques : elles permettent de comprendre une croissance rapide, mais elles nous apprennent aussi à examiner avec esprit critique les hypothèses qui rendent un calcul possible.

Les calculs à savoir refaire au tableau

Le nombre \(u_n\) de nouvelles personnes à l'étape \(n\) vérifie \(u_0=1\) et \(u_{n+1}=2u_n\). Par récurrence, \(u_n=2^n\).
Le total des personnes informées à l'étape \(n\) est : \[T_n=\sum_{k=0}^n2^k.\]
En écrivant \(2T_n=2+4+\cdots+2^{n+1}\) et en soustrayant les deux égalités, on obtient \(T_n=2^{n+1}-1\).
\[\boxed{T_8=511<1000,\qquad T_9=1023\geq1000}.\]
Un modèle saturant utilise \(v_{n+1}=v_n+q(N-v_n)\) avec \(0

Support visuel reproductible en 20 minutes

Le candidat peut refaire les axes, la formule et un ou deux repères décisifs. Il n'est pas nécessaire de reproduire chaque détail de cette illustration.

Support du Grand Oral : Comment une rumeur peut-elle atteindre 1 000 personnes en seulement neuf étapes ?

Astuce : dessine d'abord le schéma, annonce la formule, puis place le résultat important et termine par les hypothèses.

Petit laboratoire — vérifier en manipulant

Cette visualisation illustre un modèle. Elle ne remplace ni une démonstration, ni l'examen des hypothèses.

15 questions du jury — avec réponses détaillées

Commence par maîtriser les cinq premières avant de poursuivre : elles constituent la base de la discussion.

1. Quelle est la première hypothèse de ton modèle ?
Chaque nouvel informé transmet la rumeur à exactement deux personnes qui ne la connaissent pas encore.
2. Que représente u_n ?
Le nombre de personnes informées pour la première fois à l'étape n.
3. Quelle est la raison de la suite ?
Deux, car le nombre de nouveaux informés double à chaque étape.
4. Quelle est la formule explicite ?
u_n=2^n si u_0=1.
5. Que représente T_n ?
Le nombre total de personnes informées de l'étape zéro à l'étape n incluse.
6. Pourquoi T_n n’est-il pas égal à 2^n ?
2^n compte seulement les nouveaux informés de l'étape n ; le total est la somme de toutes les étapes.
7. Comment trouver la somme des puissances de deux ?
Multiplier la somme par deux, puis soustraire pour faire disparaître les termes intermédiaires.
8. Que vaut T_n ?
2^(n+1)−1.
9. Combien de personnes sont informées après huit étapes ?
511 dans le modèle de doublement idéal.
10. Et après neuf étapes ?
1 023 dans ce même modèle, au-delà des 1 000 élèves réellement disponibles.
11. Pourquoi parle-t-on d’un modèle ?
Parce qu'il représente une situation complexe par des hypothèses simplificatrices.
12. Qu’est-ce qui empêche le doublement permanent ?
La population finie, les doublons, les refus de transmettre et les groupes de contacts.
13. Quel est le rôle des logarithmes ?
Ils permettent de résoudre une inégalité contenant n dans un exposant.
14. Peut-on prédire une durée réelle ?
Non. Une étape n'a pas de durée fixe et les contacts réels ne suivent pas exactement le modèle.
15. Quelle différence entre croissance et saturation ?
Dans le premier modèle le nombre théorique n'est pas borné, tandis que le second se rapproche de N sans le dépasser.

5 relances pour aller plus loin

Relance 1. Quelle formule si chaque informé en prévient trois ?
u_n=3^n et T_n=(3^(n+1)−1)/(3−1).
Relance 2. Que devient la formule si le premier groupe compte cinq élèves ?
u_n=5×2^n, T_n=5(2^(n+1)−1).
Relance 3. Peux-tu démontrer la formule de somme par récurrence ?
Initialisation n=0 : 1=2−1. Pour l'hérédité, ajouter 2^(n+1) au total 2^(n+1)−1 donne 2^(n+2)−1.
Relance 4. Comment exprimer le modèle saturant sous forme explicite ?
Avec v_0=1 : v_n=1000−999×0,75^n pour q=0,25 et N=1000.
Relance 5. Pourquoi le modèle saturant n’est-il pas encore réaliste ?
Il ignore le réseau réel d'amitiés, les probabilités de transmission et les différences entre élèves.

Pour vérifier et approfondir

Les exemples sont des modèles pédagogiques, pas des mesures ou statistiques issues de ces sources.

Petit plan à retenir pour l’oral

  1. Poser les hypothèses d’un doublement idéal de la rumeur.
  2. Construire la suite géométrique des nouveaux informés.
  3. Calculer le total : T_n = 2^(n+1) − 1, et franchir mille à n = 9.
  4. Présenter les limites et ouvrir vers une suite saturante.

Conseil : prépare une phrase de transition entre chaque partie et entraîne-toi à reconstruire la formule centrale sans regarder la fiche.