🎤 Grand Oral · Optimisation et trigonométrie

Pourquoi un sauveteur doit-il parfois faire un détour pour arriver plus vite ?

Deux vitesses, une victime, un choix décisif : où entrer dans l’eau pour arriver le premier ?

Environ 10 minutesTerminale spécialitéSupport à reproduire15 questions + 5 relances

Problématique et mathématiques mobilisées

Quel point de la plage minimise le temps nécessaire pour rejoindre une personne en mer, lorsque l’on court plus vite que l’on nage ?

DérivationÉtude de fonctionTrigonométrieMinimumVitesse et distance

Scénario scolaire fictif : les vitesses sont constantes, la mer est calme et la sécurité du sauvetage n’est pas modélisée. Ce résultat n’est pas une consigne de sauvetage réel.

Exposé complet — environ 10 minutes

Cette trame est écrite pour être comprise et reformulée à l’oral. Les formules importantes peuvent être affichées sur le support pendant la présentation.

00:00–01:05

Introduction — courir ou nager ?

Imaginez un sauveteur sur une plage. Il aperçoit une personne en difficulté, à plusieurs dizaines de mètres au large. Son premier réflexe pourrait être de se diriger en ligne droite vers elle : en géométrie, c’est le plus court chemin entre deux points. Mais une information change le problème : courir sur le sable est beaucoup plus rapide que nager. Le sauveteur pourrait courir un peu plus loin pour réduire la distance dans l’eau. Sa trajectoire serait alors plus longue, mais peut-être plus rapide. Je voudrais montrer qu’un choix de trajet apparemment contre-intuitif se transforme en problème de minimum d’une fonction, accessible avec les outils de Terminale.

01:05–02:10

Construire la situation géométrique

Je représente la limite entre plage et mer par un axe horizontal. Le sauveteur part de \(S(0;0)\). La victime est en \(V(120;80)\), en mètres : sa projection sur la plage se trouve à 120 mètres du sauveteur et elle est à 80 mètres du rivage. Le sauveteur court à \(6\) mètres par seconde et nage à \(2\) mètres par seconde. Toutes ces données sont fictives. Il choisit un point \(E(x;0)\) où entrer dans l’eau, avec \(0\leq x\leq120\). Il court de \(S\) à \(E\), puis nage en ligne droite de \(E\) à \(V\). Une seule variable, \(x\), suffit donc à décrire tous les trajets envisagés.

02:10–03:15

Exprimer le temps total avec Pythagore

Le temps d’un trajet est égal à sa longueur divisée par la vitesse. Sur la plage, la distance parcourue vaut \(SE=x\), donc le temps de course est \(x/6\). Pour la nage, le triangle qui joint \(E\), la projection de \(V\) sur la plage et \(V\) est rectangle. Ses côtés mesurent \(120-x\) et \(80\). Pythagore donne \(EV=\sqrt{(120-x)^2+80^2}\). Comme le sauveteur nage à 2 mètres par seconde, la fonction à minimiser est : \[\boxed{T(x)=\frac{x}{6}+\frac{\sqrt{(120-x)^2+6400}}{2}}.\] Le temps est exprimé en secondes et \(x\) en mètres.

03:15–04:25

Dériver plutôt que chercher au hasard

Une simulation permettrait de tester plusieurs valeurs de \(x\), mais la dérivation donne une réponse exacte. Sur \([0;120]\), on obtient : \[T'(x)=\frac16-\frac{120-x}{2\sqrt{(120-x)^2+6400}}.\] Quand \(x=0\), cette dérivée est négative ; quand \(x=120\), elle est positive. Elle doit donc s’annuler entre les deux. L’équation \(T'(x)=0\) revient à écrire : \[\frac{120-x}{\sqrt{(120-x)^2+6400}}=\frac13.\] En posant \(d=120-x\geq0\) puis en élevant au carré, on trouve \(9d^2=d^2+6400\), donc \(d=20\sqrt2\). Ainsi le point optimal est \(\boxed{x_*=120-20\sqrt2\approx91{,}72}\).

04:25–05:30

Prouver qu’il s’agit du minimum

Résoudre une équation de dérivée ne suffit pas : il faut prouver que l’on a bien trouvé un minimum. Une seconde dérivation est ici particulièrement élégante : \[T''(x)=\frac{3200}{\big((120-x)^2+6400\big)^{3/2}}>0.\] La dérivée \(T'\) est donc strictement croissante sur tout l’intervalle. Elle passe une seule fois de négative à positive, exactement pour \(x=x_*\). Le tableau de variations montrerait que \(T\) décroît, atteint son minimum, puis croît. Le sauveteur doit donc parcourir environ 91,72 mètres de plage avant de se jeter à l’eau. Il lui reste environ 28,28 mètres de déplacement horizontal et 80 mètres en direction du large.

05:30–06:35

Comparer les trois stratégies

Le résultat se mesure concrètement. Si le sauveteur nage directement depuis son point de départ, il doit franchir \(\sqrt{120^2+80^2}\) mètres et met environ 72,11 secondes. S’il court jusqu’au point de la plage situé exactement devant la victime, soit \(x=120\), il met \(120/6+80/2=60\) secondes. En entrant dans l’eau à notre point optimal, le calcul donne \(T(x_*)\approx\mathbf{57{,}71}\) secondes. Le détour sur le sable fait donc gagner environ 14,40 secondes par rapport à la nage directe. Ces chiffres montrent ce que change la question : optimiser la distance n’est pas optimiser le temps.

06:35–07:35

Le lien inattendu avec la lumière

Sur le dessin, je trace la normale au rivage au point \(E\). Le trajet de course suit le rivage, donc son angle avec cette normale est de 90 degrés. Dans l’eau, notons \(\theta\) l’angle de la trajectoire avec la même normale. Alors \(\sin\theta=(120-x)/EV\). Au minimum, l’équation de la dérivée donne \(\sin\theta=1/3=v_{\rm nage}/v_{\rm course}\). Cette relation ressemble à celle du principe de Fermat : quand la lumière traverse deux milieux où elle ne se déplace pas à la même vitesse, elle suit une trajectoire qui rend le temps de trajet stationnaire. La ressemblance mathématique ne signifie pas que sauveteur et lumière obéissent aux mêmes lois physiques.

07:35–08:40

Changer les vitesses pour changer la réponse

Le laboratoire interactif permet de faire varier les vitesses. Plus la course est rapide par rapport à la nage, plus il est intéressant de progresser le long de la plage. En gardant nos distances de 120 et 80 mètres, si \(v_c>v_n\), un éventuel point intérieur satisfait \[\frac{120-x}{\sqrt{(120-x)^2+80^2}}=\frac{v_n}{v_c}.\] Si l’on nage aussi vite, ou plus vite, que l’on court, il n’y a plus de raison de rallonger le trajet terrestre : dans le modèle, le meilleur choix est \(x=0\). De même, pour certaines vitesses très proches, l’optimum peut être atteint en bord d’intervalle. Il faut donc vérifier les contraintes avant d’annoncer une formule universelle.

08:40–10:00

Conclusion — définir ce qu’on optimise

Le problème semblait relever du simple bon sens : on veut aller le plus vite possible, donc on prend la ligne droite. Mais la géométrie seule ne suffit pas quand les vitesses changent. En construisant la fonction temps, en dérivant puis en étudiant le signe de la dérivée, nous avons trouvé une décision précise et vérifiable. C’est une leçon plus générale : en mathématiques appliquées, le meilleur choix dépend toujours de ce que l’on cherche à optimiser, des paramètres retenus et des contraintes. Notre modèle ignore les vagues, les courants, l’état physique du sauveteur et les gestes de sécurité. Il permet de comprendre le raisonnement, pas de prescrire une opération réelle. Le trajet le plus court et le trajet le plus rapide ne sont pas nécessairement les mêmes.

Support visuel à reconstruire en 20 minutes

Sur une feuille, reprends seulement les éléments indispensables du graphique ci-dessous : axes ou schéma, paramètres, résultat principal et interprétation. La lisibilité compte davantage que les décorations.

Support mathématique du sujet : Pourquoi un sauveteur doit-il parfois faire un détour pour arriver plus vite ?

Illustration construite avec les valeurs exactes du modèle présenté dans l’exposé. Les calculs sont rappelés dans le texte ; le graphique sert à les expliquer au jury.

Atelier interactif — tester l’hypothèse

Modifie les paramètres et compare les résultats : l’objectif est de formuler une conjecture, puis de la confronter aux calculs.

À comparer : tu peux choisir un autre point que le minimum. Les calculs utilisent deux vitesses constantes.

15 questions probables du jury — avec leurs réponses

La réponse doit expliquer le raisonnement, pas seulement donner le résultat.

Question 1 — Quelle fonction minimise-t-on ?

La fonction \(T(x)\), qui additionne le temps de course et le temps de nage. On ne cherche pas à minimiser la distance parcourue.

Question 2 — Pourquoi Pythagore intervient-il ?

Le segment nagé est l’hypoténuse d’un triangle rectangle de côtés \(120-x\) et 80 mètres : \(EV=\sqrt{(120-x)^2+6400}\).

Question 3 — Pourquoi limiter \(x\) à 120 ?

Nous restreignons d’abord le modèle aux entrées dans l’eau entre le départ et la projection de la victime. Au-delà de 120 m, on ajoute simultanément course et nage horizontale : cela ne peut améliorer notre cas.

Question 4 — Quelle est l’unité de \(T\) ?

Chaque distance est en mètres et chaque vitesse en mètres par seconde. Les quotients sont des secondes : \(T\) est un temps.

Question 5 — Comment calcule-t-on \(T’(x)\) ?

On dérive \(x/6\), puis la racine par composition. Pour \(g(x)=(120-x)^2+6400\), \(g’(x)=-2(120-x)\).

Question 6 — Pourquoi une dérivée nulle ne suffit-elle pas ?

Une dérivée nulle caractérise aussi parfois un maximum ou un point d’inflexion stationnaire. Il faut étudier son signe ou montrer la positivité de la dérivée seconde.

Question 7 — Que représente \(20\sqrt2\) ?

C’est le déplacement horizontal encore à réaliser dans l’eau : \(120-x_*\). Le sauveteur entre donc à environ 91,72 m du départ.

Question 8 — Pourquoi ne pas courir 120 mètres puis nager tout droit ?

Cela prend 60 secondes. Le point optimal réduit légèrement la course et allonge un peu la nage, mais la compensation améliore le temps total jusqu’à 57,71 secondes.

Question 9 — Pourquoi la ligne droite n’est-elle pas optimale ?

Elle minimise la distance totale, mais elle oblige à nager trop longtemps à seulement 2 m/s. Ici le temps, et non la longueur, est l’objectif.

Question 10 — Que vaut le sinus de l’angle de nage ?

Pour l’angle mesuré avec la normale à la côte, \(\sin\theta=(120-x)/EV\). À l’optimum, il vaut exactement \(1/3\).

Question 11 — Quel lien avec Fermat ?

La recherche du temps minimal apparaît aussi en optique géométrique. Dans deux milieux, les directions du rayon et les vitesses satisfont une relation trigonométrique.

Question 12 — Pourquoi parler de convexité ?

\(T’’(x)>0\) sur l’intervalle : la courbe est strictement convexe et la dérivée strictement croissante, donc le point critique est le minimum unique.

Question 13 — Comment vérifier numériquement ?

On évalue \(T(x)\) pour quelques valeurs proches de 91,72 : elle diminue avant puis augmente après. Ce contrôle confirme la démonstration sans la remplacer.

Question 14 — Que fait-on si les vitesses changent ?

On remplace 6 et 2 par \(v_c\) et \(v_n\), puis on étudie la nouvelle fonction. L’optimum peut se déplacer ou se trouver à une borne.

Question 15 — Quelles limites réelles au modèle ?

Les vitesses ne sont pas constantes dans les vagues, il existe des courants, des obstacles et des règles de sécurité. La réponse n’est valide que pour les hypothèses choisies.

5 relances difficiles — le jury change les hypothèses

Relance 1 — Le sauveteur court à 2 m/s et nage à 3 m/s : que se passe-t-il ?

Le nageur est plus rapide que le coureur. Dans le modèle restreint, courir n’apporte aucun avantage ; la dérivée reste non négative et le meilleur choix est de se mettre à l’eau immédiatement, soit \(x=0\).

Relance 2 — Le sauveteur peut-il courir au-delà de la projection de la victime ?

Un tel détour accroît la longueur de course et la longueur horizontale de nage. Les deux contributions deviennent plus grandes qu’au point \(x=120\) ; il ne peut donc améliorer notre minimum.

Relance 3 — Une solution de l’équation au carré peut-elle être fausse ?

Oui, le passage au carré peut introduire un signe incorrect. Nous avons posé \(d=120-x\ge0\) et vérifié l’équation initiale, qui impose \(d=20\sqrt2\), pas son opposé.

Relance 4 — La loi de Snell est-elle vraiment démontrée ?

Nous avons établi un cas particulier où le trajet terrestre est parallèle à la rive, avec une incidence de 90 degrés. La formule générale pour deux directions obliques demande un point de départ situé ailleurs que sur la frontière.

Relance 5 — Quel serait le vrai problème avec courants marins ?

La vitesse effective ne serait plus un scalaire fixe dans l’eau : elle dépendrait de la direction et du courant, éventuellement de la position. Il faudrait construire un modèle vectoriel du déplacement et réoptimiser.

Pour vérifier ou approfondir

Les données numériques des exemples sont des constructions pédagogiques propres à cette fiche ; les ressources extérieures servent à comprendre les phénomènes et les limites.

Petit plan pour le jour J

  1. Présenter le paradoxe : plus long, mais parfois plus rapide.
  2. Définir \(x\), construire \(T(x)\) et dériver.
  3. Prouver le minimum ; comparer 57,71 s, 60 s et 72,11 s.
  4. Interpréter l’angle optimal et rappeler les limites du modèle.

Fil directeur : une question concrète, une modélisation précise, un calcul que tu peux justifier, une interprétation et les limites de l’exemple.