Comment calculer une aire lorsqu’on ne connaît pas de primitive ?
Intégration numérique : de quelques rectangles sous une courbe aux trapèzes et à une méthode surprenante, celle de Simpson.
La question qui fait avancer l’exposé
Une intégrale donne une aire sous une courbe positive. En Terminale, on sait la calculer exactement lorsqu’on dispose d’une primitive. Mais une calculatrice obtient aussi des valeurs dans des situations où aucune primitive usuelle n’est disponible. Comment fait-elle ?
On va tester trois idées de plus en plus précises sur une aire que l’on connaît, puis sur une intégrale plus difficile.
Exposé complet — environ 10 minutes
Introduction : une aire sans primitive, est-ce possible ?
Imaginons un logiciel qui doit calculer une surface, une distance à partir d’une vitesse variable ou l’énergie consommée par un appareil. Dans ces situations, les mathématiques font souvent apparaître une intégrale. En Terminale, nous avons appris qu’une intégrale peut se calculer grâce à une primitive. Mais encore faut-il la connaître !
Par exemple, considérons la fonction positive \(f(x)=e^{-x^2}\). Elle est continue et son intégrale entre 0 et 1 existe. Pourtant, on ne dispose pas de primitive exprimable à l’aide des fonctions élémentaires usuelles. Une calculatrice peut tout de même afficher une excellente approximation.
Ma question sera donc : comment calculer une aire lorsqu’on ne connaît pas de primitive ? Pour comprendre, je vais commencer par un exemple dont on connaît la réponse exacte, comparer plusieurs méthodes, puis revenir au cas difficile.
1. Discrétiser : transformer une courbe en petits morceaux
Prenons d’abord la fonction \(f(x)=x^2\) sur \([0;1]\). L’intégrale recherchée est
\[I=\int_0^1x^2\,dx=\left[\frac{x^3}{3}\right]_0^1=\boxed{\frac13}.\]On connaît donc le résultat exact : environ \(0{,}333333\). Il servira de référence pour tester nos approximations.
Je partage maintenant l’intervalle en quatre parties égales. Chaque largeur vaut \(h=1/4\), et les points de découpage sont \(0\), \(1/4\), \(1/2\), \(3/4\) et \(1\). L’idée de l’intégration numérique est simple : remplacer une courbe compliquée par des formes dont on sait calculer l’aire.
2. Première idée : quatre rectangles
À gauche de chaque petit intervalle, je construis un rectangle dont la hauteur est la valeur de la fonction. Comme \(x^2\) est croissante sur \([0;1]\), ces rectangles restent sous la courbe : leur aire totale donne une valeur inférieure à l’intégrale.
\[L_4=\frac14\left(0^2+\left(\frac14\right)^2+\left(\frac12\right)^2+\left(\frac34\right)^2\right)=\boxed{\frac7{32}=0{,}21875}.\]Si je construis les rectangles à droite, j’obtiens une valeur supérieure :
\[R_4=\frac14\left(\left(\frac14\right)^2+\left(\frac12\right)^2+\left(\frac34\right)^2+1^2\right)=\boxed{\frac{15}{32}=0{,}46875}.\]On a donc démontré l’encadrement :
\[\boxed{\frac7{32}\leq I\leq\frac{15}{32}}.\]Quatre rectangles sont trop grossiers. Mais en prenant davantage d’intervalles, chacun devient moins large : les sommes de rectangles approchent l’intégrale.
3. Deuxième idée : choisir le milieu
On peut garder des rectangles en choisissant une hauteur plus représentative : la hauteur au milieu de chaque intervalle. Ici, les milieux sont \(1/8\), \(3/8\), \(5/8\), \(7/8\).
\[M_4=\frac14\left[\left(\frac18\right)^2+\left(\frac38\right)^2+\left(\frac58\right)^2+\left(\frac78\right)^2\right]=\boxed{\frac{21}{64}=0{,}328125}.\]L’erreur, c’est la distance à \(1/3\) :
\[\left|I-M_4\right|=\boxed{\frac1{192}\approx0{,}00521}.\]En choisissant mieux les hauteurs, on gagne déjà beaucoup en précision, sans connaître de nouvelle primitive.
4. Troisième idée : les trapèzes
Pourquoi conserver un sommet horizontal si la courbe monte ? Relions plutôt deux points consécutifs de la courbe par un segment. Avec ce segment et l’axe horizontal, on obtient un trapèze.
Son aire vaut la largeur multipliée par la moyenne des deux hauteurs. Sur les quatre intervalles, la formule devient :
\[T_4=\frac14\left[\frac{f(0)+f(1)}2+f\!\left(\frac14\right)+f\!\left(\frac12\right)+f\!\left(\frac34\right)\right].\]En remplaçant \(f(x)\) par \(x^2\), on trouve :
\[\boxed{T_4=\frac{11}{32}=0{,}34375}.\]L’erreur vaut \(1/96\), soit environ \(0{,}01042\). Elle est bien plus faible que celle des rectangles à gauche, même si, dans cet exemple, les rectangles au milieu restent meilleurs.
5. L’idée de Simpson : remplacer des droites par des paraboles
Nous avons remplacé la courbe par des segments horizontaux, puis par des segments inclinés. Peut-on encore améliorer l’approximation ? Oui : plutôt qu’une droite entre deux points, on utilise une parabole passant par trois points. C’est le principe de la méthode de Simpson.
Pour un nombre pair \(n\) de subdivisions, les coefficients de la formule suivent le rythme 1, 4, 2, 4, 2, …, 4, 1. Avec quatre subdivisions, la formule est :
\[S_4=\frac{1}{12}\left[f(0)+4f\!\left(\frac14\right)+2f\!\left(\frac12\right)+4f\!\left(\frac34\right)+f(1)\right].\]Pour \(f(x)=x^2\), calculons :
\[S_4=\frac{1}{12}\left(0+4\cdot\frac1{16}+2\cdot\frac14+4\cdot\frac9{16}+1\right)=\boxed{\frac13}.\]Cette fois, le résultat est exact ! Ce n’est pas un miracle : la fonction \(x^2\) est déjà une parabole. La courbe qui sert à approcher est donc exactement la courbe d’origine.
6. Simpson n’est pas toujours exact
Pour ne pas tirer une conclusion abusive, changeons légèrement de fonction : prenons \(g(x)=x^4\). Cette fois,
\[\int_0^1x^4\,dx=\frac15=0{,}2.\]Avec quatre subdivisions, Simpson donne :
\[\boxed{S_4=\frac{77}{384}\approx0{,}200520833}.\]Donc son erreur est
\[\left|S_4-\frac15\right|=\boxed{\frac1{1920}\approx0{,}000521}.\]La méthode reste très précise ici, mais elle n’est plus exacte. La question n’est pas seulement de trouver une approximation : c’est aussi de savoir quelle confiance lui accorder.
7. Revenir à une intégrale difficile
Reprenons enfin
\[J=\int_0^1e^{-x^2}\,dx.\]Cette fonction ne possède pas de primitive élémentaire usuelle. Pourtant, elle est continue, positive, et nous savons calculer ses valeurs numériques. Avec seulement quatre subdivisions, la méthode des trapèzes donne environ \(0{,}742984\), tandis que Simpson donne environ \(0{,}746855\).
Un calcul numérique indépendant, réalisé avec une grande précision, fournit comme valeur de référence :
\[\boxed{J\approx0{,}7468241328}.\]Nous obtenons donc déjà une erreur d’environ \(0{,}0000312\) avec Simpson et quatre subdivisions. Nous pouvons répéter l’algorithme avec huit, seize ou davantage d’intervalles, et comparer les résultats.
8. Pourquoi ces méthodes font-elles intervenir les suites et les limites ?
Pour un intervalle général \([a;b]\), on découpe en \(n\) parties de largeur \(h=(b-a)/n\), puis on additionne les aires calculées. Par exemple, pour les rectangles à gauche, on forme la somme :
\[L_n=h\sum_{k=0}^{n-1}f(a+kh).\]Chaque valeur de \(n\) donne un nombre \(L_n\). On a donc construit une suite numérique. Pour une fonction continue, lorsque les subdivisions deviennent de plus en plus fines, cette suite converge vers l’intégrale :
\[\boxed{\lim_{n\to+\infty}L_n=\int_a^bf(x)\,dx}.\]Voilà le lien avec le programme : l'intégrale est à la fois une aire et une limite de sommes. Et un programme informatique peut calculer ces sommes sans jamais chercher une primitive.
Conclusion : calculer, mais aussi contrôler la précision
Quand on ne sait pas calculer une intégrale exactement, on peut remplacer la courbe par des formes simples. Les rectangles donnent une première estimation, les trapèzes épousent mieux la pente, et Simpson exploite la courbure grâce à des paraboles.
Mais plus sophistiqué ne signifie pas toujours meilleur dans toutes les situations. Le choix d’une méthode dépend de la fonction, du nombre de subdivisions et de la précision recherchée. Les mathématiques montrent donc comment passer d’une aire difficile à une somme calculable, tout en gardant un regard critique sur l’erreur.
Conseil pour l’oral : montrer clairement les cinq points qui délimitent les quatre intervalles et détailler au tableau un calcul de rectangles, un calcul de trapèzes et la pondération de Simpson. L’algorithme complet n’a pas besoin d’être développé pendant les dix minutes.
Un support visuel réalisable pendant la préparation
Sur une feuille : dessiner trois fois la courbe \(y=x^2\) sur \([0;1]\), puis représenter successivement quatre rectangles à gauche, quatre trapèzes et l’approximation parabolique de Simpson. Écrire sous chaque dessin la valeur approchée, puis comparer à \(I=1/3\).
| Méthode, \(n=4\) | Valeur pour \(x^2\) | Erreur absolue |
|---|---|---|
| Rectangles à gauche | 0,218750 | 0,114583 |
| Rectangles au milieu | 0,328125 | 0,005208 |
| Trapèzes | 0,343750 | 0,010417 |
| Simpson | 0,333333… | 0 |
Laboratoire interactif : tester l’intégration numérique
Choisis une fonction, une méthode et le nombre de subdivisions. Le graphique se reconstruit avec les véritables coordonnées numériques ; la valeur et l’erreur sont recalculées en direct.
🔎 Explorer davantage : teste aussi tes propres fonctions, tes bornes et cinq méthodes dans le calculateur d’intégration numérique de Mission Maths ↗. Tu pourras y suivre l’erreur, la convergence et exporter les graphiques.
La référence est exacte pour les polynômes et numérique de haute précision pour exp(−x²).
15 questions probables du jury — et leurs réponses
1. Qu’appelle-t-on une intégrale sur [a;b] ?
2. Pourquoi la fonction doit-elle être positive pour parler directement d’une aire ?
3. À quoi correspond la largeur h ?
4. Pourquoi les rectangles à gauche sont-ils une sous-estimation pour x² ?
5. Quels sont les deux encadrements obtenus avec quatre rectangles ?
6. Quelle différence y a-t-il entre rectangles à gauche et rectangles au milieu ?
7. D’où vient la formule de l’aire d’un trapèze ?
8. Que vaut exactement l’intégrale de x² entre 0 et 1 ?
9. Qu’est-ce qu’une erreur absolue ?
10. Pourquoi les trapèzes surestiment-ils l’intégrale de x² ?
11. Quel est le principe géométrique de Simpson ?
12. Pourquoi le nombre n de subdivisions doit-il être pair pour Simpson composite ?
13. Pourquoi Simpson donne-t-il exactement 1/3 pour x² ?
14. Pourquoi a-t-on intérêt à augmenter n ?
15. À quoi servent ces calculs en pratique ?
5 relances difficiles si le jury modifie le problème
1. Si je remplace x² par une fonction décroissante, les rectangles à gauche restent-ils minorants ?
2. Pourquoi Simpson n’est-il pas toujours exact ?
3. Peut-on expliquer simplement la formule de Simpson autrement ?
4. Comment montrer que les rectangles à gauche convergent vers 1/3 dans le cas de x² ?
5. Peut-on connaître l’erreur quand on ignore la valeur exacte ?
Ce qu’il faut maîtriser — et ce qui relève de l’ouverture
Attention aussi : une approximation décimale n'est pas une valeur exacte. Lorsque la valeur de référence est elle-même calculée numériquement, il faut préciser qu’il s’agit d’une référence de haute précision, et non d’une expression exacte obtenue par primitive.
Petit plan de l’exposé — à mémoriser
- Pourquoi intégrer numériquement ? Une intégrale existe même lorsqu’on ne connaît pas de primitive élémentaire.
- Rectangles : partager l’intervalle, additionner des aires simples et encadrer l’intégrale.
- Trapèzes : remplacer les sommets horizontaux par des segments inclinés ; comparer les erreurs.
- Simpson : passer à des paraboles et expliquer l’exactitude sur \(x^2\).
- Applications et limites : tester \(x^4\), calculer \(\int_0^1e^{-x^2}\,dx\), parler de précision et de convergence.
Pour aller plus loin
- OpenStax — Numerical Integration : méthode des points milieux, règle des trapèzes, Simpson et estimation des erreurs.
- Éducation nationale — nouveau programme de spécialité mathématiques en Terminale (applicable à partir de la rentrée 2027-2028).